Arcanes, une anthologie de Fabien Lyraud

 

contient ma nouvelle, "Bris".

Un petit mot pour vous signaler la parution, ces derniers jours, de l’anthologie Arcanes, aux éditions Voy’el. Non seulement le livre est beau, mais le sommaire l’est également, avec notamment Pierre Bordage, Mathieu Gaborit, Jean Millemann, Don Lorenjy, Jess Kaan, etc.

J’y suis également allé de ma contribution, avec un texte intitulé « Bris ». Si l’on veut, on peut le classer en science-fantasy, même si le texte est, selon moi, assez inclassable. Il raconte l’histoire d’un homme, Brice, retrouvé nu dans la rue  d’une ville mystérieuse appelée La Verrue par une jeune et belle jeune femme. Elle va le recueillir, et devoir tout lui apprendre, car Brice semble vide de tout…

Le texte est écrit de façon très particulière ; il peut paraître un peu lent, peut-être, mais il mélange atmosphère et psychologie des personnages, sans besoin réel d’action. Par contre la construction de la nouvelle, si elle peut paraître chaotique, est symbolique, à la fois en raison du titre de la nouvelle, de ce qui arrive aux deux personnages principaux, notamment la question de leur passé trouble respectif… voilà donc comment je dois, il me semble, décrire cette nouvelle : un texte rempli de symboliques diverses (un peu aidé aussi par « mon » arcane du tarot, Le Monde). J’ai mis très longtemps à l’écrire, je ne dirai pas combien, parce que je risque de faire rigoler dans les chaumières, mais j’ai souhaité que chaque détail ait son importance symbolique. D’où la lenteur d’écriture. Je ne sais pas si je suis réellement parvenu à ce que je souhaitais, mais j’y ai mis toutes mes tripes. Par ailleurs, je compte en écrire une version plus longue, dans le cadre d’un futur recueil de nouvelles à paraître en 2012 aux éditions Critic.

L’anthologie, parue aux éditions Voy’el, est bien sûr commandable dans n’importe quelle librairie. A Rennes, vous la trouverez notamment à la librairie Critic !

Et pour finir, un court extrait :

« Je prends le Dramway. La ligne Funeste. Le roborame diffuse une énième variation de l’apocalypse, conjure les passagers de ne pas sortir de chez eux pendant les dix prochaines années, simple précaution pour rester sain et sauf. Mais je n’écoute pas et je m’arrête deux gares plus tard. Quartier Phalange, où je travaille. Etant donné mon peu de savoir, j’ai trouvé un boulot de barman dans un bouge miteux, aux innombrables enseignes électro-luminescentes annonçant fièrement « putes à gogo », « bière du Fou », « tabajoie » et autres stupidités tapageuses. On trouve bien tout cela à l’intérieur, on y croise surtout la misère de La Verrue. Des hommes tristes, des femmes fanées, des patrons aigris, des clients fauchés et alcooliques. Lizie m’apparaît si atypique dans ce monde. Si fraîche, si dissemblable à tout ce que je vois ici. Je me dois de protéger cette candeur, cette harmonie fragile. Mais je suis si démuni, si anonyme. J’ai peur d’échouer. Une voix nasillarde m’arrache à mes réflexions : « T’es encore en retard, Brice ! Tu chies dans la colle, mon pote. Je vais devoir retenir sur ta paye ce que tu perds en temps de travail ! » Salomon. Ce gros con de boss. Toujours à guetter la moindre petite faute, il colle bien à cette ville. C’est une verrue dont on ne peut se débarrasser malgré des efforts constants. « En retard, moi ? Je ne crois pas, tu vois. Ma montre me dit que j’ai… (je regarde le cadran et mens 🙂 cinq minutes d’avance. » « Ouais, ben règ’là mieux qu’ça ta montre, elle déconne sévère ! Allez, au boulot, mon pote, les clients attendent ! » Salomon gonfle son ventre de poussah, fait une grimace, et s’efface de mon champ de vision, enfin. Je hausse les sourcils et dirige mes pas vers le vestiaire. Mon tablier de barman m’attend dans mon box. Vite enfilé. Je croise Maxi, un albinos peu bavard, qui achève sa journée de boulot. La mienne durera une bonne partie de la nuit. On se salue à peine. Ce soir, je suis au bar du Fumoir. La nausée garantie. Physique et morale. Toute la nuit, de sales types vont se fourrer quelques putes vieilles et maigrichonnes sous mon nez, en fumant du tabajoie jusqu’à s’en rendre malades à crever. Ils vont vomir partout, gueuler comme des animaux en cage, taper les filles, peut-être en tuer une ou deux. A moi d’éviter cela en appelant la sécurité. C’est pour ça que je dois regarder tout ce qui se passe, sans relâcher mon attention ; je ne peux pas me contenter de simplement feindre de nettoyer quelque verre déjà luisant de propreté. Je dois assister à tout cela. Lizie voulait que j’arrête ; quand je rentrais les larmes aux yeux, les poings serrés, les premières fois, elle me caressait tendrement le dos en me réconfortant : « ton esprit apprend des choses, emmagasine de l’expérience, et réagit en conséquence. Malheureusement, on n’apprend pas que de belles choses. J’aimerais te protéger de tout ça, mais j’en suis incapable. » C’était d’une évidence absolue, il suffisait juste de l’accepter ; alors, je me suis forcé à continuer ce travail. Petit à petit, je m’y suis accoutumé, simplement accoutumé : car finalement, il est trop difficile d’accepter une telle laideur. »

Thomas Geha

 

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