Mécanique de ta disparition, bientôt dans Brins d’éternité

 

Thomas Geha inside !

Un petit mot pour vous annoncer une nouvelle parution. Décidément, entre la fin d’année 2010 et le début 2011 je suis gâté ! Cette prolificité est due non pas à mon abattage stakhanoviste en terme d’écriture, mais plutôt aux lois du hasard. Il se trouve que j’écris des textes et qu’ensuite, pour x raison, je les oublie dans un tiroir virtuel. Sauf qu’il arrive qu’on me demande un texte, de temps en temps, pour tel ou tel support et que, comme j’ai de la réserve, je me souviens de tel ou tel texte écrit que je n’ai jamais envoyé nulle-part. Du coup, je peux parfois fournir sans problèmes… bon, j’avoue que le réservoir s’épuise un brin (d’éternité?). Je n’écris quasiment plus de nouvelles, pour deux raisons principales : 1/ je suis incapable de répondre à un appel à textes thématique, ça m’ennuie la plupart du temps. Je n’aime pas trop les thèmes imposés. 2/ l’écriture de romans prend la majeure partie de mon temps d’écriture. Il y a d’autres raisons, mais elles sont connexes.

J’en viens donc au texte qui m’intéresse : Mécanique de ta disparition. Cette nouvelle a une histoire bien particulière. Elle a été écrite en 2001, si mes souvenirs sont bons, d’abord dans l’idée de répondre à un appel à textes (Traverses, anthologie de fantasy urbaine parue aux regrettées éditions de l’Oxymore), mais je ne suis alors parvenu qu’à commencer le texte avant la clôture, puis pour un cours sur l’écriture à la fac où notre examen de fin d’année était de rendre une nouvelle. Je rendis celui-ci, qui obtint la meilleure note de la session (à égalité avec trois ou quatre autres étudiants) : 16. Pour l’anecdote, l’année suivante, mon colocataire d’alors suivait le même cours, et je lui rédigeai une autre nouvelle qui obtint aussi une des meilleures notes du cours, qui est lisible ici et s’intitule « Mais où est donc passé Ernie Carb Hammett. » Dans les deux cas, les nouvelles étaient rédigées avec une contrainte. Pour Mécanique de ta disparition, j’ai replacé, en jeu de mot, une phrase célèbre d’un roman (je ne sais plus lequel, j’avoue). Pour le second, l’histoire a été rédigée sans aucune conjonction de coordination. Exercice amusant, et qui m’a appris pas mal de chose sur l’écriture. Parce que rédiger un texte sans conjonctions amène à réfléchir sur d’autres façons d’écrire.

L’histoire de Mécanique de ta disparition ne s’arrête pas là. Je l’ai proposée, ensuite, à un fanzine, Coprophaneus, dirigé alors par Eva Sinanian (aujourd’hui attachée de presse à l’Atalante), qui l’avait acceptée, mais le numéro n’est jamais paru. Je l’ai aussi proposé à Magali Duez, je ne sais plus pourquoi d’ailleurs, mais j’imagine qu’elle n’en a jamais trouvé l’occasion de le caser ou, tout simplement, qu’elle n’avait pas aimé le texte. De ce point de vue, ma mémoire est floue. Bref, entretemps, je l’avais aussi soumis à lecture chez ma copine Sylvie Miller. Qui me renvoya le texte blindé de corrections et de suggestions diverses et variées. Démoralisé, je laissai tomber le texte, tout en l’ayant malgré tout corrigé.

Puis les années passent, et j’oublie Mécanique de ta disparition. Il y a des textes, comme ça, qui ont la poisse, où qui ne trouveront jamais de support pour les accueillir. Le temps passe et moi-même j’oublie presque avoir écrit le texte.  Le passé c’est le passé. Je ne tiens qu’à peine un fichier avec tous les titres de mes nouvelles. Et quand je le regarde il m’arrive de m’étonner d’avoir écrit tel ou tel truc, parce que je ne m’en souviens juste pas. Ou alors avec un gros effort.

Malgré tout, Mécanique de ta disparition, je m’en souviens parfaitement bien, quand on me fait y repenser. Peut-être parce que j’ai toujours aimé cette nouvelle très personnelle ; une nouvelle qui, en réalité, a lancé chez moi cette envie d’écrire des histoires totalement différentes de ce que je faisais jusqu’alors. Des histoires que je pouvais écrire de façon totalement libérée, avec une forme pas forcément classique, comme un champ d’expérimentation. Des textes que j’écris avant tout pour moi avant de penser à un éventuel lecteur. Je crois donc que c’est grâce à Mécanique de ta disparition que j’ai pu écrire, par la suite, des nouvelles comme Là-Bas (in Lunatique n°69), Sumus Vicinae (in Flammagories) ou ma petite dernière Bris (in Arcanes) (que cet ami blogueur n’a pas aimé). Ces quatre-là restent sans doute mes préférées.

Pour en finir sur Mécanique de ta disparition, elle va donc paraître dans la revue québécoise Brins d’Éternité. Comment ai-je eu cette opportunité ? C’est bien simple, par une amie rennaise, Nathalie Georges, exilée dans ce beau pays. Elle a pris contact avec la rédaction de la revue et leur a proposé un dossier sur des auteurs français. Voilà comment ma nouvelle a été sélectionnée ; j’en profite donc pour remercier Nathalie, dite Kalys, animatrice du webzine Itinéraire Bis, pour son implication, et son travail. La revue paraîtra mi-janvier. La couverture est jolie, et je suis très bien accompagné au sommaire.

Je vous laisse avec un court extrait de la nouvelle :

J’ai eu un pincement au cœur, un nœud à l’estomac : je regrettais ces plaisirs futiles d’amoureux. Je sais que tout cela peut faire cliché. Mais nous étions ainsi. Nous considérions peut-être l’amour comme un cliché à entretenir. Et au moins, nous étions heureux.

Machinalement, je me retrouvais à observer ces parterres de roses, certaines jaunes, d’autres rouges, voire bleuâtres. Mes yeux ne les voyaient plus de la même façon à présent. Le moindre pétale abîmé ou difforme, la moindre courbure inesthétique d’une tige, m’apparaissaient comme un affront à ces souvenirs heureux.

J’ai fait trois fois le tour du Thabor et en suis sorti à treize heure trente environ. A pied, j’ai pris la direction de la rue Saint-Michel. Cela représentait à peine à dix minutes de marche. Je serais en avance, mais qu’importe, pour une fois, j’étais pressé que le temps s’écoule.

Aux terrasses des cafés de la rue en question – surnommée “rue de la soif ” – de rares clients, des groupes d’étudiants en fait, buvaient un verre entre amis. Au niveau de la place, quelques punks avachis cuvaient leur vin, serrés contre le corps dépenaillé de leur chien. Le Green Pub se situait au bout de la rue, près d’une pizzeria où toi et moi avions déjà mangé plusieurs fois. J’ai pénétré dans le petit bar – pas plus de quinze mètres carrés – et ai vu le patron, derrière son comptoir, épluchant le journal du jour. Il m’a fait un signe de tête en guise de bonjour. Aux tables, il n’y avait personne. Sur les tabourets non plus. Le bar était vide. La femme du téléphone n’était pas encore arrivée.

Mécanique de ta disparition sera reprise dans un futur recueil, et sans doute réécrite pour l’occasion.

Publicités

À propos de Thomas Geha


One response to “Mécanique de ta disparition, bientôt dans Brins d’éternité

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :