Dans le rétro de l’Autoroute Sauvage (1).

De temps en temps, je remettrai ici un billet anciennement paru sur mon précédent blog, l’Autoroute Sauvage. Aujourd’hui, retour sur Julia Verlanger.

 

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contient ma postface "Une jungle de diamants"

Hop la partie d’intro à laquelle vous avez échappé pour la postface du tome de 2 de l’intégrale Verlanger à paraître chez Bragelonne :

J’ai découvert Julia Verlanger dans un hall de gare, en 1998, je m’en souviens comme si c’était hier. Je prenais le train Rennes-Plouaret Trégor, pour rentrer chez mes parents en week-end. Alors étudiant en lettres, je traînais partout où je voyais des livres : bibliothèques, librairies, bouquineries, bureaux de presse, etc. Et la gare de Rennes ne dérogeait pas à cette règle puisque l’on y trouvait un relais H maigrement pourvu en SF mais suffisamment tout de même pour que je me permette d’y jeter un oeil de temps à autres.

Ce jour-là, cet oeil affûté rencontre une intrigante couverture représentant quatre fuyards dans un décor de jungle1. Ce roman titre : Horlemonde. Ecrit par un illustre inconnu – alors que je lis de la SF depuis déjà de longues années ce nom ne me dit rien – Gilles Thomas. Le livre n’est pas très épais, dans les cent quatre-vingt-dix pages, et je décide de tenter le coup. Au pire, me dis-je, ça me fera passer le temps du trajet.

Oui, mais voilà : je suis entré dans le train, me suis assis, j’ai ouvert Horlemonde, et j’ai disparu de la surface de la Terre, en compagnie de Jairo et d’Arald, les deux protagonistes de cette belle aventure.

Quand mon train est parvenu à destination, ma vie avait changé. Il me fallait tout savoir sur cet auteur inconnu qui venait de m’ébranler. Le style de l’auteur était simple, limpide, efficace, et très rythmé. La narration était si parfaitement équilibrée, si maîtrisée et dynamique, qu’elle ne pouvait être l’oeuvre que d’un grand écrivain. Et, en tant qu’apprenti auteur de vingt ans, je me suis dit : voilà comment j’aimerais savoir écrire. Une sensation que résume parfaitement Stefan Wul dans son hommage à Julia Verlanger2 : « Julia écrivait comme on parle, et ses amis savent qu’elle parlait bien. Si bien qu’à la lire aujourd’hui, on a toujours l’impression de l’entendre ». Voilà. La prose de Julia Verlanger est vivante, c’est sa grande force. Et c’est cela qui m’a marqué avant tout à ce moment où je la découvrais.

En 1998, internet en était à ses balbutiements, et les sites d’enchères, par exemple, ne proposaient pas encore leur diversité actuelle ; de même, mes réseaux « personnels » n’étaient pas aussi importants que maintenant, même si j’étais abonné à des dizaines de fanzines SF ; la recherche des titres de Gilles Thomas est donc devenue pour moi une véritable chasse aux trésors. De bouquinerie en bouquinerie, de brocante en brocante, j’ai mis à peu près cinq ans à rassembler sa production romanesque, hormis Magie Sombre3 qui, longtemps, s’est glissé entre les mailles du filet. Mais chaque nouvelle rencontre avec les univers de Julia Verlanger était un véritable bonheur, comme une cerise sur le gâteau de la vie. Le jour où j’ai trouvé le dernier qu’il me manquait, Magie Sombre donc, j’ai ressenti un pincement au coeur : je me suis fait cette réflexion que, plus jamais, je ne ressentirais cette douce sensation d’avoir découvert le Graal.

Depuis, cependant, mon amour pour Julia Verlanger n’a jamais faibli, et il me semble même avoir contaminé plus d’une personne autour de moi. Mon premier roman publié, A comme Alone, en est d’ailleurs la séquelle inéluctable. Il était écrit que je rendrais, à ma façon, un hommage à mon auteur favori.

 

1Illustration signée Florence Magnin, pour l’édition de 1992 (FNA 1877).

 

2In revue Weird n°7, spécial Julia Verlanger.

 

3A considérer comme l’un des tout premiers romans français de « Fantasy Urbaine ».

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À propos de Thomas Geha


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