Quelques lectures…

un très bon roman !

Je le fais très rarement, parce que je n’ai pas l’âme d’un chroniqueur, plein de blog le font très bien, mais j’ai envie de parler un peu de mes dernières lectures. Je passe sur certaines relectures essentielles, comme Des souris et des hommes et Les Raisins de la Colère de Steinbeck, et m’arrêterai plus sur ma relecture de Rue des boutiques obscures de Patrick Modiano que j’avais lu et adoré étant ado, et que bizarrement, j’avais tout bonnement oublié. Bizarre ? Pas totalement. Il s’agit d’un roman sans réelle matière, sans enjeux distincts, qui se focalise sur une introspection fragmentaire, éclatée, parce que le narrateur, un détective privé, est amnésique et part en quête de son identité, ou de celle d’un autre que lui auquel il finit par s’identifier. Rue des boutiques obscures est un très beau roman, à l’écriture simple, mais à la construction plus complexe qu’il n’y paraît. Il aborde une de mes thématiques préférées (sinon ma préférée), à savoir la quête d’identité, qui sera d’ailleurs au cœur de mon recueil de nouvelles à paraître en début d’année prochaine aux éditions Critic. Je n’avais pas spécialement envie de relire Rue des boutiques obscures, mais je l’ai retrouvé dans ma bibliothèque en la rangeant, l’ai ouvert, et ai lu la première phrase qui dit : « je ne suis rien ». C’était gagné. Et j’ai passé une partie de l’après-midi à le lire plutôt que de continuer mon rangement. Le personnage principal, prisonnier de sa torpeur narrative, est fascinant ; son enquête est menée par petits morceaux, et nous permet de rencontrer d’autres personnages qui ont plus de profondeur que lui (c’est à dire que eux ont une histoire). Le paradoxe, c’est que le détective ne pousse jamais ses interrogatoires très loin, comme si au fond, s’approcher de la vérité, c’est se rapprocher d’un drame qui devrait rester enfoui et que son inconscient lui crie de fuir. Jamais, tout au long du roman, on ne saura quelle est la thématique réelle du roman, bien qu’on devine, par bribes, que le récit évoque la guerre 39/45, et le problème juif. Et de la fin du récit naît une frustration intolérable, celle de ne pas savoir ce qu’est devenu une personne importante pour notre amnésique dont il est sur la trace. Livre superbe sur l’oubli et la mémoire, sur la quête d’identité, Rue des boutiques obscures est sans doute le genre de bouquin que vous oublierez rapidement, sans vraiment l’oublier, pour mieux y revenir. Toujours.  Et je crois qu’il s’agit là d’un véritable tour de force.

Lu aussi le dernier Bifrost spécial Frank Herbert.  Bon, je n’ai jamais été un grand fana de l’auteur de Dune (je préfère ses one-shot comme Les Fabricants d’eden) et j’ai trouvé les deux nouvelles proposées sacrément ridicules pour un auteur de ce calibre. Mais le dossier est bien fichu et intéressant. Côté nouvelles, un Dunyach en grande forme nous balade à Amsterdam, et Eric Brown  nous revient avec un sympathique space’op. Pas inoubliable, mais ça se lit avec certain plaisir, même si les motivations du personnage principal laissent un poil perplexe. J’ai survolé la rubrique critique, qui ne m’apporte pas grand chose en tant que lecteur. Pour le reste c’est toujours un gros plaisir de lire la plume de Roland Lehoucq.

Relu aussi un Simak « mineur », Le dernier cimetière (Denoël, toujours commandable en neuf). Un peu trop bavard et répétitif sur certains points, mais un Simak malgré tout sous-estimé. J’ai bien aimé la réflexion sous-jacente, toujours d’actualité sur notre utilisation de la technologie et de son impact sur notre Terre, devenue un cimetière pour riches. Après Fukushima et autres catastrophes, ce petit livre plus ou moins post-apo, fera tout de même gigoter les méninges sur le thème je vous l’avais bien dit pourtant. Quelques passages du roman sont juste géniaux par leur pertinence.

Sinon, ça commence à être un peu loin pour que j’en parle clairement, mais il faut se jeter sur Destination Ténèbres de F.M Robinson (Denoël Lunes d’Encre), un space-opera superbe comme on aimerait en lire plus. L’atmosphère est parfois suffocante, et on est pris dans le récit dès les premières pages qui retracent le grave accident (c’est le moins qu’on puisse dire) d’un homme, répondant au nom de Moineau, sur une planète éloignée, et qui se réveille sur un vaisseau étonnant, pour se rétablir. Il ne se souvient de rien, et voit d’étranges personnes commencer à graviter autour de lui. Sans compter que le vaisseau recèle bien des mystères. Écriture limpide, personnages fascinants, cadre narratif peut-être classique (le huis clos sur un vaisseau) mais extrêmement bien détaillé et crédible, une intrigue passionnante sur ce qu’est réellement ce vaisseau, on trouve tout ça dans Destination Ténèbres.

Bon, et puis là, comme je ne suis pas vraiment dans une période SF, j’ai entamé un nouveau Modiano, et acheté quelques Kipling que je n’avais pas.

Publicités

À propos de Thomas Geha


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :