Les Créateurs 1/2

Morceau de la couverture des Créateurs signée Laurent Guillet

Hello,

Pas trop de temps pour bloguer en ce moment : la faute à « beaucoup de travail ». Donc, j’aurais aimé faire un article sur mon passage à la médiathèque de Quimperlé (génial), la fin du mois Thomas Geha sur Book en Stock, un CR des Utopiales (on se contentera de : c’était pas mal, j’ai vu des potes, et participé à une conférence sur Destination Univers), etc.

Je devrais aussi faire la recension de quelques chroniques parues ici et là sur La guerre des chiffonneurs, mais pareil : point de temps, ayant de grosses échéances en cette fin d’année. Néanmoins, je serai au salon de Sèvres avec le livre ! Venez me voir !

Aussi, voici juste une première entrée de blog (j’en ferai deux) pour vous présenter un peu ma prochaine grosse sortie (en février 2012) : Les Créateurs (couverture Laurent Guillet, aux éditions Critic). De quoi s’agit-il ?

D’un recueil de nouvelles. J’ai la chance d’avoir pu réaliser ce vieux projet que j’avais, celui de publier un recueil autour de la notion de création. Quand Simon Pinel, mon dirlitt, m’a demandé de le présenter, je l’ai fait comme ceci, à peu de choses près :

« Toutes les vies animées au cœur de ces pages participent à la création d’univers nouveaux ou alternatifs, proches du nôtre ou éloignés, réalistes ou fantasmagoriques. Mais tous ces univers, tous ces personnages, introduisent les mêmes questions, essentielles pour moi : Qui sommes-nous et d’où venons-nous ? Qui donc se cache derrière notre existence et nos destins ? Ce recueil de nouvelles ne cherche  pas à répondre à ces questions (quelle présomption sinon^^), il les explore avec toujours cette même ambition : découvrir un peu de ce que nous sommes au travers de notre humanité. Par le petit bout de la lorgnette en somme. »

Le recueil propose donc de découvrir des hommes et des femmes dépassés par leur vie ; des hommes et des femmes dont la réalité bascule au moment où leur identité se place au cœur d’événements insolites, absurdes, ou tristement concrets.

La plupart des nouvelles sont donc assez intimistes (avec un « je » de narration, sauf pour une d’entre elles) et, pour tout dire, très éloignées, en terme de style et d’enjeux, de mes romans. Certaines d’entre elles ont déjà été publiées, comme vous le verrez dans la présentation ci-dessous. Mais toutes ont été entièrement (ou presque) réécrites. Au sommaire, donc, avec entre parenthèses les genres auxquels les nouvelles s’apparentent :

La voix de monsieur Ambrose (fantastique/uchronie).

Là-Bas (fantastique)

Sumus Vicinae (transfiction)

Bris (transfiction)

Copeaux (littgen/fantastique/conte) (inédit, bientôt en ligne gratuitement sur le site de la ville de Reims)

Dans les jardins (fantastique) (inédit)

Faisons donc un tour d’horizon plus détaillé :

La voix de Monsieur Ambrose (publiée dans Rêves d’Absinthe) .
La voix de Monsieur Ambrose aura toujours une place particulière dans mon esprit parce qu’il s’agit de ma première nouvelle publiée en anthologie ET rémunérée. Elle m’a rapporté 21 euros je crois. Mes premiers droits d’auteurs. Quant à sa genèse… elle est toute simple : pour mon mémoire notamment, j’écumais les bouquineries, les brocantes, afin de dégoter quelques perles d’anticipation ancienne à pas cher. J’en profitais aussi pour récupérer au passage quelques livres qui me paraissaient intéressants et potentiellement revendables. Ce qui marchait plutôt bien – époque bénie – puisqu’il m’est arrivé de pouvoir payer mon loyer grâce à quelques trouvailles plutôt sympathiques. J’ai donc découvert dans une trocante, un jour, une pièce de théâtre intitulée La Pelote, de Descaves et Bonnetain. Edition originale, sans doute sans valeur, qui avait la particularité d’être accompagnées d’une grosse coupure de presse d’époque glissée à l’intérieur. Un critique y racontait la première de La Pelote et évoquait longuement l’acteur principal, Monsieur Antoine. Laudatif, il se désolait néanmoins de la faible voix de l’artiste, qui l’empêcherait sans doute d’aborder les grandes salles de spectacle – et oui, le micro n’existait pas à l’époque… Toujours est-il que cet article m’a marqué, la lecture de la pièce aussi, et que j’ai décidé d’écrire une nouvelle autour de cette idée de voix défaillante. La nouvelle paraîtra finalement dans Rêves d’Absinthe, une anthologie de fantastique décadent réunie par Philippe Marlin, mon premier mentor avec un autre Philippe, Ward celui-là. C’est une uchronie fantastique ; je n’ai pas choisi l’uchronie par hasard. Comme la notion de création, de l’art, est au centre de l’intrigue, il m’a semblé judicieux et sensé de dépeindre également un XIXè siècle totalement recréé.

Incipit :

« Jamais je n’aurais pu deviner ma destinée. Mon enfance et mon adolescence s’étaient déroulées sans passion. Pour tout avouer, je n’en gardais que très peu de souvenirs, comme si je ne les avais pas vraiment vécues.
En revanche, je me souvenais parfaitement, comme d’une naissance, du jour où une amie, mademoiselle Francine de La Sagra, m’invita au théâtre. S’y jouait une pièce de Beaumarchais, Le Barbier de Moscou, représentée en 1876 à l’Indigo rue de la Villette, mise en scène par Paul Margueritte.
Le spectacle se révéla si passionnant que je ne pus détacher mes yeux de la scène et des comédiens.« 

Là-bas, publiée dans Lunatique no 69, Eons, 2005.
Il n’y a pas grand chose à dire sur cette nouvelle-ci, hormis le fait qu’elle est parfaitement intégrée à cette idée de création/créateur, du destin des hommes, de leur propension à vouloir chercher le meilleur et à ne souvent tomber que sur le malheur. Mais il n’y a pas que la fatalité, il y a ce qui se cache derrière et en cela elle fait écho à toutes les nouvelles de ce recueil. Là-Bas part de deux choses : le drame  « Bertrand Cantat » qui se conclut par la mort de Marie Trintignant et de ma propre expérience personnelle d’alors, une rupture sentimentale arrivée au même moment. Étant fan de Noir Désir, et étant passablement amoureux de la fille qui m’avait quitté, j’ai eu besoin d’une catharsis pour évacuer tout cela, et cette catharsis, c’est cette nouvelle, écrite entièrement avec dans le casque, en boucle, le titre éponyme de Noir Désir. Ma plus grosse satisfaction sur ce texte… avoir eu (mais je crois toujours avoir rêvé cette conversation) de sincères compliments de la part d’un auteur que j’aime énormément : Stéphane Beauverger.

Incipit :

« Prague, février 1704 : sur le Pont Charles, 23h30

     Rouge.
La robe vole, danse dans les airs, ressemble à un oiseau fabuleux d’un sombre rouge qui tourbillonne, s’écrase sur l’eau de la Vltava et stagne un instant à la surface.
     Puis, lentement, les pierres et le plomb lestés au corps d’Elena agissent. Ma bien-aimée s’enfonce inéluctablement, disparaît dans les eaux profondes du fleuve. Mes yeux vidés de toute joie, remplis de larmes, fixent le courant redevenu calme. Je m’écarte bientôt du rebord et vais vomir un peu plus loin. J’éjecte de mon corps ce qu’il me reste d’âme.
    La nuit est sereine, personne n’erre aux alentours, le pont est déserté. L’espace et le temps se focalisent sur moi, sur mon désespoir.
    « Elena ». Articuler les lettres de son prénom me nouent les tripes, renouvelle mes pleurs.
    D’un pas lourd, je retourne à l’endroit où j’ai fait basculer son corps. Je reste rigide, immuable statue de pierre. Je ne comprends pas.
    Une larme s’arrache de mon visage, et part se noyer, plus bas, dans la Vltava.« 

Sumus Vicinae, publiée dans Flammagories, Argemmios, 2010.
Sumus Vicinæ m’est venue un matin en me réveillant. J’avais fait un rêve très étrange, avec une ballerine qui dansait sur un nuage après être tombée d’un long filin qui reliait deux immenses tours… je me suis levé, me suis mis devant mon ordinateur,  j’ai écrit d’une traite, en écoutant le Sumus Vicinæ de Nicholas Lens et, vers la fin du récit – je peux l’avouer maintenant – Décrocher les étoiles de Keren Ann et Benjamin Biolay.

Incipit :

« Le 01 Requiem de la 140e Portée ap-N.L. 23h57.

    Il notait à verse.

Un sombre requiem. Les notes s’écrasaient avec tristesse sur le sol et sans bruit sur mon imperméable noir. Je ne savais même pas où j’en avais récupéré un.
    J’étais en bas, là où je n’aurais pas dû être, sur le palier d’une vieille maison, dans une ruelle pavée de la Ville Basse, sans nom.
    Devant moi un battant, entouré d’une humide gangue de croches et de noires, attendait que je l’empoigne. Je lisais, sur la porte, gravé en lettres capitales : SUMUS VICINAE, et en dessous, en petits caractères italiques : Nous sommes Les Voisines. »

La suite et fin de cette présentation dans la semaine, ou début de semaine prochaine !

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À propos de Thomas Geha


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