A comme Alexandriz !

Hier, journée de merde par excellence : toujours la crève, incapable de bosser, et pas mal de petits soucis pro avec ma maison d’édition, Ad Astra. Comme, dans ces cas-là, c’est bien connu, tout s’enchaîne, je reçois un mail d’un pote. Il m’alerte que, sur le site de la Team Alexandriz (je ne donne pas le lien, vous êtes capables de le trouver tout seuls), site pirate d’ebooks bien connu des traqueurs de littérature numérique – je le dis tout de suite, j’y suis inscrit aussi, j’y trouve parfois quelques titres introuvables dont j’ai besoin –  est désormais disponible au téléchargement mon premier roman A comme Alone, premier volet d’un post-apocalyptique hommage à Julia Verlanger qui, même si les ventes peuvent paraître modestes (800 en 7 ans si ma mémoire ne me joue pas des tours, mais sans diffusion/distribution puisque Rivière Blanche est un éditeur à la demande qui ne passe que par très peu de librairies.), a connu son petit succès et un certain bouche à oreille. Pour info, la suite en est à quasi 600. La déperdition de lecteurs est donc finalement assez infime.

Passons ces considérations techniques.

Forcément, ma réaction première est un magnifique « eh merde... ». Je l’avoue sans peine. Sachant qu’une réédition viendra en 2014 aux éditions Critic, je trouve surtout que ce n’est pas vraiment le bon moment de trouver le texte en numérique (je n’ai signé aucun contrat numérique pour ce titre, mais ces droits appartiendront à Critic pour la réédition). Je m’en vais donc voir sur le forum du site en question, et trouve bel et bien la fiche de mon roman. Il y a d’ailleurs déjà quelques réponses au sujet, plus d’une centaine de téléchargements aussi, à en juger par les remerciements des internautes. Je me décide donc à répondre à mon tour. Pas pour gueuler, non, entre guillemets le mal est fait, et je ne peux pas vraiment y changer quoi que ce soit, mais pour éventuellement discuter avec les gens qui traînent dans le coin et leur expliquer que de mon travail j’espère toujours retirer quelque chose, puisque déjà, je ne gagne pas grand-chose en tant qu’auteur (4000 euros de droits sur 2011, mon highscore, sachant que je n’ai eu que cette activité). Je propose donc un partage équitable. Du genre : vous téléchargez mon bouquin donnez moi un truc en échange, je ne suis pas riche, mon compte en banque l’atteste (!). Vous êtes apiculteur ? Envoyez-moi un échantillon de votre miel. Buraliste, expédiez-moi des clopes, etc. La discussion se fait automatiquement, dans la bonne humeur. Les réactions sur Alexandriz sont positives, personne ne se braque et au contraire, il y a un véritable rebond sur mes suggestions, jusqu’à ce que quelqu’un propose d’ajouter, sur la fiche de téléchargement, un bouton paypal pour ceux qui, éventuellement, voudraient rémunérer l’auteur. Sur un site pirate ??? On croit rêver, non ? Surtout, on se dit quand même que, de toute façon, même si l’idée est chevaleresque et bon esprit, cela n’aboutira pas à grand-chose. Premier résultat, cependant : en une journée, 3 dons, pour un montant global de 15€, soit le prix de 1 roman chez Rivière Blanche. Effet de la conversation, c’est évident. Je n’ai pas demandé à faire retirer mon livre. Je trouve cela contreproductif : il a déjà été trop téléchargé et se retrouvera forcément ailleurs, à présent. Autant, donc, essayer d’évaluer la situation et d’explorer quelques idées, trouver des solutions. Pour l’avenir de la consommation culturelle, c’est aussi un test intéressant : tout comme les lecteurs ne lisent pas les mêmes genres de bouquins, les consommateurs ne consomment pas de la même façon. Où trouver du public ? Comment le trouver ? Doit-on se focaliser uniquement sur le public qui fréquente les librairies ou les sites de ventes en ligne (d’ebooks ou livres papiers) ? N’y a-t-il pas d’autres voies à explorer pour toucher des lecteurs ? Et que, surtout, par ricochet, l’auteur y trouve malgré tout (un peu) son compte ?

Du coup, j’ai estimé que l’expérience est bonne à tenter. Quoi qu’on en pense, Alexandriz est un acteur du livre. Illégal, certes, mais un acteur tout de même. Il est le reflet d’un certain comportement moderne dans la consommation des biens culturels, et une porte vers ce que sera aussi l’avenir. Si les artistes veulent s’adapter, cela passe forcément par essayer de comprendre les comportements des internautes. Et ainsi, peut-être, cela permettra de contribuer à modeler un avenir qui n’est pas forcément si noir pour la création. Là dedans, je suis juste un curieux, au cœur de l’expérience. La Team Alexandriz me dit que je suis peut-être le premier écrivain (au moins de SF) à ne pas rejeter en bloc cette idée et à accepter certaines solutions proposées (je suis étonné ; et pas : comme je le disais, c’est plus compliqué quand un éditeur possède les droits numériques, mais c’est à lui de faire le boulot sur la préservation et le respect des droits, pas à l’auteur. Mais Rivière Blanche est un éditeur à part. Ceux qui les connaissent le savent bien.)

Les premiers dons sont-ils simplement un mouvement de sympathie ? Nous verrons bien. De toute façons, je ferai un nouvel article dans un mois pour dresser une sorte de bilan…

Toujours est-il que je préfère le dialogue et le partage d’idées à la bête attaque frontale qui n’aide pas à faire avancer les choses dans le bon sens. Je crois que mon message est bien passé du côté d’Alexandriz.

Bref, profitez bien d’A comme Alone. S’il vous plaît, vous pouvez toujours acheter la suite chez mon éditeur. Vous pouvez même (eh oui), télécharger une nouvelle gratuite dans le même univers qui fait la charnière entre les deux tomes. Il sera content, moi aussi.

Pour le reste, rendez-vous en 2014 pour l’intégrale du cycle chez Critic. Il sera pour l’occasion entièrement remanié.

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À propos de Thomas Geha


56 responses to “A comme Alexandriz !

  • tagrawla ineqqiqi

    Bonjour et merci pour ce discours rafraîchissant. Je souhaitais partager ceci avec l’auteur : http://wp.me/p1zUAr-71

  • lrwhale@yahoo.fr

    Glop.

  • XXVII

    Dommage que tu n’es fait ce billet qu’aujourd’hui, sinon tu aurais eu le droit à mes achats aux Utopiales… Ce n’est que partie remise, tes livres viennent d’entrer dans ma liste d’achat….

  • Alabergerie

    Très intéressant billet.

    1- Alexandriz se pose donc pratiquement comme plate-forme à ne pas négliger, tout comme les distributeurs de contenu (Immatériel etc.) ne négligent pas de faire un deal avec Ibookstore ou Amazon.

    2- Le connard de pirate existe peut-être moins dans la réalité que dans les discours internetophobes.

    3- Je vais donc discuter avec mon directeur de publication de la pertinence d’aller nous faire mettre un chtit coup par Alexandriz 🙂

    Quelle vie, bon sang !

  • Eric Nieudan

    J’applaudis ton ouverture d’esprit et te félicite pour tes gains « illégaux ». Les questions que je me pose, c’est 1) est-ce que ça ne t’a pas donné envie de hâter la sortie en numérique de tes romans ? et 2) combien de livres dois-tu vendre pour toucher 15 euros ?

    • tomgeha

      Chez Rivière Blanche, c’est bien pour les auteurs puisqu’on leur fait en droits 50% du prix de vente hros coûts de fabrication. Grosso modo, on arrive à 30% de droits sur un titre.

      Pour la sortie en numérique de mes titres… non, je ne suis pas plus pressé que ça. Je sais que ça arrive l’an prochain chez Critic. Donc bon. On verra aussi ce que ça donne. Et j’ai quelques projets ici et là avec d’autres éditeurs, mais rien de bien concret pour le moment.

      • Eric Nieudan

        Merci pour les chiffres (je savais pas pour le montant des droits chez RB, ni pour les droits numériques… ça me donne des idées 😉

        Ce que je retire de ton expérience, c’est qu’il y a une demande pour tes livres en numérique. Et pas que s’ils sont gratos. Ça prouve au monde du livre — s’il était encore besoin de le faire — qu’il y a du blé à se faire par ce biais. C’est dommage de ne pas proposer aux gens qui sont prêts à payer un moyen simple de trouver les bouquins qu’ils veulent.

        • tomgeha

          Cela prouve surtout qu’aucune piste n’est à négliger ou à balayer d’emblée quand il s’agit de défendre nos oeuvres. Ce n’est pas qu’une question de compromis, mais une réflexion sur notre devenir d’artiste.

  • Eric Nieudan

    Défendre. Promouvoir. Deux batailles qui se déroulent sur le même terrain.

    Et je suis d’accord avec toi : il y a des réflexions à mener d’urgence.

  • ciner

    Là c’est pas des pirates intersidéraux, mais à force de se familiariser avec leurs histoires c’est peut-être pour ça que vous n’êtes pas emporté par le courroux ni même que leurs têtes ne le sont par votre sabre laser.
    Vous montrez beaucoup d’ouverture d’esprit. Votre texte est pleins de bonnes idées, sauf pour les clopes! :]

  • Geha,Thomas-A comme alone(2005).French.ebook.AlexandriZ | Team Alexandriz,N°1 sur les ebooks FR

    […] Thomas Geha est un grand admirateur de Julia Verlanger, alias Gilles Thomas, et en particulier de son roman L’Autoroute Sauvage. A comme Alone est un hommage de Geha à celle qui a instillé en lui le goût de la science-fiction : son univers post-apocalyptique est ouvertement inspiré de celui de L’Autoroute Sauvage. Mais l’auteur possède une imagination qui n’appartient qu’à lui. On referme le bouquin avec une seule question en tête : à quand la suite ? […]

  • Yael

    Belle réaction de ta part… et réponse des internautes méritée 🙂 Tout cela est courtois, intelligent, bravo à toi et aux lecteurs avec qui tu as pu discuter…

  • ejeka

    Simple note: un bien culturel ne peut se consommer par définition, puisqu’autrement il disparaîtrait.

  • lilian

    Etre piraté c’est plutot bon signe, ca veut dire qu’on a fait une belle création.

    Il faut arrêter de voir tous les gens qui partagent seulement comme de « pirates », la plupart sont avant tout des passionnés qui partagent des contenus parce qu’ils les aiment.

    Bien sur c’est dur pour un auteur de voir son travail partir gratuitement partout, mais il faut aussi voir le coté positif: la où les marques payent Facebook ou Google de plus en plus cher pour être visibles, les fans peuvent faire un travail promotionnel incroyable pour un artiste qu’ils aiment.

    Il ne s’agit pas juste d’une idée, mais d’une tendance qui se developpe de plus en plus.

    Je vous invite à lire ces quelques articles que j’ai écrit:

    Paolo Coehlo:
    Je crois qu’offrir des livres gratuits en ligne stimule les ventes dans le monde « réel ». Vers la fin des années 90 , j’ai eu une expérience en Russie qui m’a ouvert les yeux. Nous avions des problèmes avec les ventes et l’explication qui revenait tout le temps était que la distribution était difficile dans cette partie du monde. En 1996, nous avions seulement vendu 1000 livres. Fin 1997, une traduction de « Brida » est apparue sur certains réseaux peer-to-peer et les ventes ont commencé à décoller. En 1998, nous avons vendus 10 000 copies. En 1999, 100 000 copies. En 2000, le chiffre a dépassé le million de copies ! Ce n’était pas un hasard: l’internet a favorisé le bouche à oreille; résultat, les lecteurs ont commencé a faire pression sur les libraires qui, d’eux-mêmes, ont commencé à commander plus de copies….

    http://toc-arts.org/blog/2008/04/30/ecrivain-20-interview-de-paulo-coelho-sur-le-telechargement-et-le-futur-du-livre/

    Quelques liens pour aller plus loin:

    Le téléchargement gratuit est bon pour la promotion des œuvres culturelles sur internet: http://toc-arts.org/blog/2009/12/02/le-telechargement-gratuit-est-bon-pour-la-promotion-des-oeuvres/

    Vous avez dit piratage ? Quand le gratuit fait vendre: http://toc-arts.org/blog/2009/03/11/vous-avez-dit-piratage-quand-le-gratuit-fait-vendre/

    Et une piste pour creer un modèle économique viable autour du gratuit:
    http://www.framablog.org/index.php/post/2009/03/11/musique-trent-reznor-exemple-de-nouveau-modele-economique

    bonne continuation

  • le baiser de la mouche

    Merci de partager cette expérience! Je suis tombée récemment sur un de mes livres piraté sur un site (une alerte Google m’en avait fait part). j’avoue que je ne savais ni quoi faire, ni quoi penser, d’autant plus que ce livre un recueil de nouvelles se trouvait dans la rubrique Technical reading! 😉 Je crois que oui, à nouveaux médiums, nouveaux comportements et il faut étudier ces changements en cours… Bonne semaine.

  • gainer musculation

    Merci pour ce texte sympathique !

  • Jérôme

    Bonjour « tomgeha »,

    je tiens à vous remercier pour cet article qui montre votre ouverture d’esprit, votre passion pour la littérature et son partage, et ouvre la voie de ce que pourrait être le futur de « l’économie culturelle numérique » permettant aux auteurs, créateurs, artistes… de vivre de leurs créations.

    Encore bravo pour votre intervention sur le forum de Teamalexandriz qui m’a ravi. Malgré le piratage de votre oeuvre de façon illégale, j’ai pu entendre parler de votre oeuvre et il est fort probable que je me la procure et que je vous rémunère directement.

    J’ai pu lire ici et sur le forum de TA, un avis mitigé concernant ce piratage mais qui tendrait vers le positif…pouvez-vous confirmer?

    De plus, souhaitant mieux rémunérer les auteurs mais sans me ruiner dans des version numériques verrouillées, d’une qualité moyenne et très chères… je suis plutôt actif sur le site/blog/forum que le Ministère de la Culture a mis en place fin septembre concernant  » la concertation sur les contenus culturels et pratiques numériques ».

    Accepteriez-vous que je parle de votre « expérience » sur ce site en mettant le lien de cette page??
    J’attends votre réponse car je ne veux pas vous mettre en porte-à-faux vis-à-vis de vos éditeurs (actuel et futur) ou vous causer le moindre problème d’ordre juridique.

    Encore bravo et merci de participer aux différentes discussions.

    Je ne manquerai pas de de revenir vers vous une fois votre ouvrage lu.

    • tomgeha

      Bien sûr que vous pouvez transmettre cet article !
      Je vois tout ça comme une expérience de passionné (dans la vie je suis à la fois libraire/auteur/éditeur, tous les aspects du livre me passionnent, donc l’évolution et la survie du livre aussi), je ne suis ni pour ni contre, juste curieux des résonances et des brèches que cela peut apporter.

  • Stéphane Gallay (@stephanegallay)

    Bonjour et bravo pour cette initiative!

    En fait, ça fait un petit moment que je m’interroge si des démarches comme celles de Cory Doctorow, qui propose le texte de tous ses bouquins sous licence Creative Commons, couplées avec l’utilisation de boutons de dons PayPal ou Flattr n’est pas la meilleure approche aux questions posées par l’édition numérique.

  • sTeF

    Salut Thomas 🙂
    Excellente anecdote très proche de ce que j’ai vécu également récemment.
    Il y a quelques semaines, un collègue de travail me demande ingénument: « Hey Stef, il sort bientôt en numérique ton « Déchronologue » ? Enfin, de manière légale, je veux dire, parce que j’ai déjà récupéré une version pirate, mais je voudrais l’acheter aussi »… J’avoue en être resté quelque peu stupéfait. D’abord pour la candeur du propos: c’est la première fois qu’un lecteur me confessait avoir lu « illégalement » un de mes romans, et cette candeur/franchise n’était pas sans souligner que:
    – oui, nous allons basculer vers une consommation de masse du livre/des objets culturels numériques;
    – que ça peut se dire ouvertement, même à l’auteur concerné;
    – que le téléchargement illégal en question avait été fait faute de proposition légale satisfaisante (ce qui est aussi une partie importante, je pense, de la question);
    – qu’on peut avoir téléchargé illégalement un livre et avoir quand même envie de payer son écot à l’auteur a posteriori;
    – et le tout dans la cordialité.

    La première fois que « Le Déchronologue » avait été proposé sur une plateforme de téléchargement illégal (mega-upload à l’époque), ma première réaction avait été la même que la tienne, Thomas: « et merde », suivi d’une furieuse envie de couper le robinet illico. Je me sentais spolié, pas pour les quelques euros dont j’étais ainsi privé, mais pour ce que j’identifiais alors comme de l’irrespect envers l’auteur, ou du moins pour son travail. Depuis j’ai changé d’avis. Les « pirates » me privaient-ils de revenus? Ça reste à prouver. Je pense que celui qui télécharge illégalement mes romans » ne l’aurait pas acheté (bon, ok, ça, ça reste à vérifier, l’occasion fait aussi le larron ^^). Donc, de fait, je ne suis pas tant que ça spolié: cette frange supplémentaire de lecteurs n’existerait pas si l’accès gratuit au roman n’existait pas. Ce que je perds en droits d’auteurs, je le gagne peut-être aussi en popularité ? En nombre de lecteurs qui découvrent mon travail et seraient prêts, ultérieurement, à me payer « après consommation du livre », comme mon collègue cité plus haut ?

    Autant de questions passionnantes autour desquelles nous débattons régulièrement, avec mon éditeur, avec d’autres auteurs, avec des lecteurs, en cette époque de bouleversement du monde du livre… Sans réponse probante, pour le moment.

    Parce qu’il faut aussi rappeler, comme tu l’as fait, que les auteurs ont du mal à vivre de leur travail… Ouais, en fait, faut même être plus clair que ça: dans la grande majorité, en tant qu’écrivains, nous gagnons des clopinettes. Nous avons besoin d’une autre source de revenus pour vivre, ou prendre l’habitude de manger des pâtes 🙂

    C’est pour ça que ton billet est si appréciable. Il a le mérite de rappeler aux lecteurs que les auteurs ont souvent du mal à joindre les deux bouts, mais surtout qu’il vaut toujours mieux essayer de commencer par discuter 🙂

    @+

    ____
    sTeF

    • tomgeha

      Merci Stéphane. Non seulement ton message me fait plaisir, mais en plus il me fait du bien.
      Amitiés,
      Thomas

      ps: c’est quand tu veux que tu reviens en dédicace à rennes 🙂

  • juju75

    Bonjour et bravo pour ces attitudes constructives tant de la part de l’auteur que des « pirates-rémunérants ».

    Un bête calcul montre que 15€ de don pour 3 téléchargements fournit 5€ net à l’auteur par téléchargement. Or un exemplaire papier lui fournit 30% de son prix soit à peu près pareil, avec l’effet « buzz » en moins.

    En fait ça revient à faire tout simplement disparaître la chaine de distribution « réelle » au profit d’une chaine de distribution « virtuelle » avec diminution du coût pour l’acheteur, et rémunération égale pour l’auteur, l’effet bouche-à-oreille en plus. Donc tout le monde y gagne, SAUF les distributeurs (éditeurs, imprimeurs, libraires « réels »).

    La conclusion est simple : les obstacles à ce mode de distribution sera endigué par les distributeurs aussi longtemps qu’ils n’auront pas transformé leur métier pour s’adapter (par exemple participer à l’ergonomie des plateformes de téléchargement, participer à la mise en relation avec d’autres artistes pour les illustrations, avec d’autres auteurs pour les résumés de 4ème de couv, à la publicité lors d’évènements type salon du livre, etc. ce qui peut tout à fait relever de leurs compétences). Le métier qui va réellement en pâtir c’est l’imprimerie, qui va devenir un marché de niche comme actuellement les relieurs cuir… ça semble l’évolution naturelle des techniques…

    Du coup, les vraies acteurs à convaincre dans tout ça ce sont les distributeurs… Comme cette mutation ne se fera pas du jour au lendemain, ils devraient avoir le temps de gérer une transition douce, en s’ouvrant au lieu de se crisper sur des DRM (ce qui agace et génère nettement plus de piratage que de dons).

    Personnellement que ce soit film, jeux, ebooks ou autres oeuvres, la raison qui m’empêche d’acheter légalement sur le net c’est le DRM.

    Bon vent à cette initiative en tous cas ! Je vais de ce pas me renseigner sur l’oeuvre en question, et pourquoi pas « l’acheter » par un don si elle me donne envie…

    @+

    • tomgeha

      bien d’accord sur l’inutilité et la connerie des DRM… je n’ai pas attendu d’être piraté pour le penser 🙂

    • Jean-Luc Chatel

      Attention, chez un éditeur « classique » avec des droits à 8% pour toucher 5€ par vente il faudrait que le livre soit vendu plus de 50 € HT…
      Pour un livre vendu en direct sur amazon, applestore ou autre pour toucher 5€ il faut vendre le livre environ 7€
      Je t’invite à te rapprocher de Jean-Claude Dunyach qui édite lui même certains de ses livres en numérique à des prix tout à fait raisonnables si tu souhaites plus d’infos sur la méthode 🙂

      Kenavo !

  • Loesha (@loesha)

    Merci pour ce type de discours, si rare de la part d’un créateur !
    Je ne vous connaissais pas avant cette affaire avec la TA, mais j’espère bien pouvoir vous lire grâce à eux 🙂

  • StormCS

    Salut Thomas,

    Je ne suis pas intéressé par ce livre pour le moment, mais je t’ai fais un modeste don de 5€ pour te remercier et t’encourager.

    @+

  • tomgeha

    C’est déjà beaucoup ! D’ailleurs, je compte reverser une bonne partie de mes « gains » à un autre auteur qui a besoin d’un peu d’argent pour continuer à écrire (et vivre plus tranquille quelques jours/semaines).

  • Loïc Lacombe

    Je salue également votre geste, Thomas !
    Team Alexandriz est certes un acteur qui peut contribue au piratage, mais paradoxalement ils prennent plus soin des livres numériques que la plupart des maisons d’éditions ! Je ne mettrai pas le lien ici, mais l’affaire de l’édition numérique de « L’art français de la guerre » en fut un des meilleurs témoins. Ils accomplissent bénévolement un travail d’editing d’ebook d’une qualité remarquable.
    Gros acheteur de livres numériques (200 livres achetés, dont j’ai lu plus de la moitié), je peux vous dire que les éditeurs n’en ont en majorité strictement rien à faire de ce marché et que la qualité est hélas souvent déplorable. Des erreurs de reconnaissances de caractères pas dizaines, des problèmes de mise en page, tous les symptômes de textes jamais relus. Les maisons d’éditions, qu’elles soient françaises, américains ou britannique externalisent ces tâches, et la qualité est souvent minable.
    Plus d’une fois j’ai demandé le remboursement d’un ebook sur amazon…

    Bravo donc à vous pour cette initiative et chapeau aux pirates pour la qualité !

  • « A vot’ bon coeur m’ssieur/dame ! Va bosser, parasite d’auteur ! » | Paumadou

    […] auteur, ça doit manger, le rappelait si bien Thomas Geha, l’écrivain piraté. Oui, mais voilà, une chose qui exaspère très fortement les gens sur […]

  • Alpha

    Dialogue de sourds :
    Les éditeurs aux ignobles pirates : « Vous êtes des voleurs ! »
    Les ignobles pirates (accessoirement clients potentiels confrontés aux tarifs délirants et aux DRM) aux éditeurs : « Vous êtes des voleurs ! »

    Hé ben, on n’est pas sorti de l’auberge… 🙂

  • Maxime

    Et un don de plus. Je ne sais pas si je prendrai le temps de lire votre livre. Je souhaite, dans tous les cas, saluer cette démarche qui rapproche l’auteur de l’artisan. Loin, bien loin, des chemins complexes de la distribution de masse. L’impression, la distribution, la promotion, tout cela c’est de la valeur ajoutée et le coeur de métier de votre éditeur. Il semble juste qu’il en soit rémunéré. Songez toutefois à garder une part des droits de votre livre pour 2014 à votre profit ; en téléchargeant, c’est votre travail, l’essence de votre effort, que nous échangeons, voire que nous tronquons de bon gré. L’âme du livre, fut-elle numérique, n’est ce pas là le principal pour le lecteur ? A vous lire…

  • knt84

    Un don supplémentaire ! N’étant malheureusement pas fan de SF, j’offrirais par contre avec joie votre roman à un ami. Je souhaitais juste vous remercier de votre démarche. Votre discussion et la solution trouvée avec la Team donneront peut être à réfléchir aux maisons d’édition, majors, auteurs ou autres. En vous souhaitant beaucoup de réussite dans vos futurs projets.

  • Xapur

    Je ne sais pas si j’aurais réagi comme toi, mais en tout cas le débat a été (re)lancé, et tu as su faire preuve de pédagogie.
    Parce qu’il faut bien faire comprendre qu’on ne parle pas des majors de la musique ou du cinéma, là, mais d’une « industrie » beaucoup plus fragile…

  • Et si le pirate était le meilleur ami de l’auteur? | Blog à part: troisième époque

    […] part, il y a le billet A comme Alexandriz ! paru sur le blog de Thomas Geha, auteur de plusieurs ouvrages de science-fiction, dont un A comme […]

  • Duncane

    Gros lecteur, j’ai tendance à privilégié les poches et les versions numériques anglaises pour des raisons de coût (à 3 bouquins par semaines, si je commence à mettre plus de 10€ dans un livre, ça fait vite un budget trop conséquent pour moi).

    J’avoue également profiter de temps à autre des titres proposés par la team A, qui me permettent de découvrir des auteurs ou des séries que sans ça je n’aurais pas forcément pu découvrir, et quand le livre me plait vraiment, j’achète derrière une version papier.

    Merci d’avoir une position censée, et dommage que vous ne sortiez pas de vraie version numérique …

  • David Pierron

    Je voulais juste donner rapidement mon avis sur un point qui, à mon avis, est central à toute notion de distribution numérique.

    C’est le concept d’objet.

    Quand on achète quelque chose de concret (une boite de jeu vidéo,un disque, un livre, des cachous), c’est un objet qui est lui-même concret et donc coute des efforts (de l’argent) à concevoir (l’objet, pas le contenu), produire, transporter et distribuer.

    Alors que quand on achète le même contenu en virtuel (difficile pour les cachous mais bon…), il ne coute plus rien ou très peu (frais d’hébergement, et de bande passante).

    Il faut donc que les « ayant-droit » (qui, en passant, se limitent à mon avis aux auteurs et n’incluent donc pas les vautours et autres intermédiaires) se mettent bien dans la tête qu’il leur vaut mieux vendre 1000 « objets virtuels » à 0.99€ que 100 « objets concrets » à 15€ ! Et oui, j’ai fait le calcul, il vaut mieux gagner 999€ que 1500€, parce que d’abord le bénéfice net est plus grand (pas ou peu de frais de production pour les « objets virtuels »), et ensuite en vendant 1000 éléments on touche 10 fois plus de public qu’en en vendant 100. Sans parler de l’effet boule de neige du bouche à oreille…

    Concernant le piratage, je pense que les « objets virtuels » pouvant se copier à l’infini sans que ça coute un sou, et les frais de diffusion étant supportés par les pirates, ça ne coute (presque) rien aux ayant-droit.
    Ce n’est que de la publicité gratuite !

    Donc voici le modèle à implémenter (à mon humble avis) : les auteurs diffusent eux-même (avec éventuellement une aide technique limitée à la production de fichiers et à l’intégration dans un catalogue) leurs oeuvres, à des prix soit très bas (genre 0.99€), soit carrément gratuits. Ensuite, les lecteurs qui ont aimé une oeuvre prennent la peine d’aller le dire et le prouver (en donnant un peu d’argent « pour la cause » à l’auteur). Et voilà !

    Ce modèle (sans le côté « dons ») a fonctionné extrêmement bien pour le monde des logiciels (app stores et autres) et des jeux vidéo (indie bundles).

    Appliquons-le à l’édition numérique !

    En passant, je suis d’accord pour donner un coup de main technique (bénévole) pour la réalisation de fichiers ePub et éventuellement la correction…

    David.

  • JF Huck

    Bonsoir,

    Merci M. Geha pour votre réaction atypique. Voilà qui me change agréablement de vos confrères qui crient à l’égorgeur sans chercher à voir un peu plus loin que le bout de leur nez.

    Votre réaction eût-elle été la même que, sans doute, moins de blogs auraient parlé de vous et de vos œuvres. Et je n’aurais sans doute pas découvert « A comme Alone ».

    L’initiative de la T.A. me permet, une fois n’est pas coutume, de rémunérer directement un auteur. J’espère que ça va continuer.

    En tout cas vivement 2014.

  • Clémentine

    Milles fois merci pour cette si belle réaction !

    Je suis complètement pour ce principe de rémunération, beaucoup plus que de mettre 10 ou 20 euros dans un livre avant même de savoir s’il nous plaira… j’avoue d’ailleurs, dans ce sens, acheter certains livres après les avoir lus sur ma liseuse, dans le simple but de soutenir l’auteur et par respect pour son travail. Mais si la rémunération pouvait être à hauteur de mon amour pour le livre en question, ce serait parfait 🙂

    PS : les pirates ne sont pas nécessairement les dangereux criminels décrits par les médias ! 😉

  • alex2003102

    Enfin une bonne nouvelle!!! Enfin un auteur qui réfléchis. Les pirates (terme péjoratif) ne sont pas du coté obscur de la force par choix mais à cause des problèmes de l’Offre légale dont le prix, les DRM, la mauvaise qualité de l’offre légale….
    Je suis entièrement d’accord avec David, qui en bon économiste met l’accent sur le fait que rien ne justifie le prix des ebooks légaux aujourd’hui. Personnellement, je trouve qu’un ebook ne doit pas dépasser 0.99 Euros avec la possibilité pour ceux qui ont vraiment aimer le livre de faire un don supplémentaire. Les pirates ne sont pas tous pauvres ou radin et les auteurs auraient tout à y gagner
    On peut même imaginer un auteur qui écrirait le tome 1 d’un cycle et qui signalerait qu’il écrira le numéro 2 s’il gagne plus de X Euros afin de stimuler les dons
    On peut aussi imaginer de prépayer un ebook afin d’être parmis les premiers à l’avoir
    Bref le TGV du progrès technique ne s’arrêtera pas pour des éditeurs réactionnaires mais les auteurs ont une chance de monter en marche

  • calimaq

    Bonjour,

    J’ai une question à vous poser concernant ce roman. Maintenant que vous laissez cette version numérique réalisée par la Team AlexandriZ circuler, verriez-vous un inconvénient à ce que des bibliothèques téléchargent le fichier et le mettent à la disposition de leurs usagers, par exemple en le chargeant sur des tablettes ou des liseuses ?

    Cela pourrait être une manière d’augmenter la diffusion de ce roman et de faire jouer la fonction de médiateurs des bibliothécaires.

    En vous remerciant d’avance pur la réponse et en vous félicitant pour votre geste,

    Lionel Maurel / Calimaq

    • tomgeha

      Voici ce que j’ai aussi répondu sur le forum de la Team Alexandriz :

      Dès que je retrouve un peu de temps à moi (c’est les fêtes et je travaille dans une… librairie), c’est à dire après le 24, j’essaie de formuler une réponse plus conséquente, mais je suis complètement d’accord avec la Team sur ce coup-là. Cela dit, si un organisme tel que la SOFIA, auquel je suis affilié, acceptait un tel arrangement – euh, cela m’étonnerait – et me reversait des droits, même minimes, pour le prêt en bibliothèque d’un livre numérique (piraté), comme elle est censée – je dis bien censée – m’en reverser pour les prêts de livres papiers (non piratés, hein), je répondrais « pourquoi pas! ».
      Mais bon, je réfléchis au truc. Dans les faits, c’est une idée louable. Mais elle me semble moins réalisable que celle appliquée entre la Team et moi il y a quelques semaines.
      et je rajoute : A priori, je ne vois qu’une solution équitable qui me ferait dire oui. Je laisserais le fichier à disposition aux bibliothèques contre la promesse – une promesse suffit, c’est pas mal non ? – de celles-ci d’acheter en fond la réédition intégrale qui paraîtra aux éditions Critic. Voilà, voilà 🙂

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