Au Bonheur des Drames.

Bonjour à tous,

(et désolé pour ce titre de billet qui ne rend sans doute pas un bel hommage à Zola, mais qui me plaisait pour son côté oxymoron de circonstance)

Je ne pensais pas dresser de bilan de toute cette histoire de piratage d’A comme Alone avant un mois, mais force est de constater que les événements, tout comme les dons, se sont accélérés en cinq jours et qu’il m’est désormais possible d’au moins dresser un bilan intermédiaire ; au moment où les dons se sont largement calmés, d’ailleurs.Ce billet sera extrêmement factuel, sans autre parti pris que le mien, sans pour ou contre, surtout parce que je souhaite être le plus clair possible sur les conséquences directes, et l’impact, suite à cette histoire. Ce n’est pas si évident que cela, mais au moins, cela montre que la question du numérique intéresse et qu’elle engendre des réactions diverses et variées, autant que d’interprétations du phénomène et de mon arrangement « amiable » avec la Team Alexandriz.

1/ Récapitulons brièvement les faits :

Lundi dernier, je m’aperçois que mon premier roman est en téléchargement libre sur le site pirate en question. Je vais y jeter un œil. Je réagis sur le forum, sur le thread de mon roman :

Étant l’auteur de A comme Alone… je me permets de dealer avec vous :

Tous ceux qui le téléchargent me disent quel boulot ils font dans la vie. Après, je vous demanderai votre mail. On s’arrange. Et ensuite, vous m’envoyez un peu de ce que vous produisez. OK ? Cela me semble équitable, non ?
Par ailleurs, je signale que le texte n’est pas le bon (du moins pas pour longtemps), il y aura une réédition augmentée en 2014 au éditions Critic.

Suivi plus tard de :

Oui, et en plus je ne crise pas ;)
je propose plutôt un deal sympa !

Bref, pour les dons, me demander mon adresse en privé.
Vous êtes apiculteur ? Je veux bien un pot de miel.
Maraîcher ? Envoyez-moi un colis de légumes.
Jardinier ? Des graines.
Buraliste ? Des clopes.
Etc.

Bref, par cette action, j’incite les personnes qui téléchargent à considérer et à réfléchir sur mon droit d’auteur et ma propriété intellectuelle. Cela fonctionne parfaitement, puisque les réactions, y compris celles de la Team A, me sont dans l’ensemble favorables. Et dans cette ambiance calme et ouverte au dialogue, quelqu’un (non, ce n’est pas moi, comme j’ai pu le lire ici et là) propose d’ajouter un bouton paypal sur la fiche du roman. Comme de toute façon, si je me fie au nombre supposé de téléchargements, mon roman se retrouvera fatalement ailleurs, sur d’autres plateformes de téléchargement illégales, j’ai estimé que mon intérêt était non pas de balancer des taloches virtuelles, grandement inutiles, mais d’essayer de comprendre mes interlocuteurs et de trouver un compromis pacifique. Je suis pacifique, oui. A priori, sans m’en rendre compte sur le moment, parce que sur le moment je n’ai jamais pensé que cette histoire prendrait une telle ampleur, j’ai lancé un pavé dans la mare et ouvert une brèche qui a vite interpellé certains média mais aussi et surtout l’internaute lambda (2500 visiteurs ici en cinq jours) qui, comme moi d’ailleurs, se sert des ressources proposées par internet (cette jungle où tout est possible, cet espace de liberté où les repères ont du mal à s’installer, où rien en fonctionne vraiment comme dans la réalité du quotidien). Soit. En essayant de protéger mon travail, j’ai ouvert – ou ravivé – un débat sulfureux, qui concerne un secteur d’activité en pleine mutation pour tous les acteurs de la chaîne. Mon intervention s’arrête là.

2/ Pour quel résultat ?

Il est clair que mon message est bien passé, pour la grande majorité (même s’il y a eu des tentatives de récupération à droite et à gauche, et du coup quelques interprétations fantaisistes de ma démarche) (j’ai une démarche de costarmoricain, si vous voulez tout savoir). Les dons en sont une certaine preuve. Ils ont été nombreux : environ 80 depuis lundi, pour un montant approximatif de 400 euros. Les sommes vont de 0,12€ à… 25€, soit plus que la valeur du livre papier. Le don moyen est de 5€. De nombreux commentaires accompagnent les notifications de dons. La grande majorité (+ de 60%) me remercient pour la démarche, et pour le regard différent que je pose sur le téléchargement illégal de mon livre, avec ma volonté d’essayer de comprendre les nouveaux systèmes plutôt que d’essayer de sanctionner. D’autres, environ 10%, me remercient par un don parce qu’ils ont aimé le livre ou qu’ils sont curieux de le lire. Beaucoup, dans les deux catégories, regrettent que l’offre légale dans le domaine du livre numérique soit si pauvre et si peu adaptée au lecteur, alors qu’ils ne demandent qu’à acheter  ; et d’ailleurs, beaucoup achètent déjà. Pour le reste,  il n’y a pas de commentaires. Mais on peut supposer, bien évidemment, que c’est un soutien pour la démarche d’ouverture et de dialogue, qui, je cite un internaute « permet d’entrevoir de nouvelles perspectives, de nouvelles orientations, pour l’évolution du marché du livre ». Notamment, les donateurs sont contents de pouvoir verser de l’argent directement à l’auteur. Et sont également contents de pouvoir expliquer leur démarche personnelle.

Voici, sous couvert d’anonymat évidemment, un florilège des réactions reçues (j’ai évidemment remercié pour chaque don, et je le fais ici aussi, merci.) :

« Ce n’est pas vraiment très généreux, mais je voulais supporter l’initiative 🙂 »

« Je fais partie de ceux qui ont toujours payé pour lire, quitte à manger des pâtes et du riz tous les jours, sans jamais emprunter en biblio ni ailleurs, et comme beaucoup de « téléchargeurs » je suis prête à payer pour peu qu’une offre cohérente existe (cohérente = qui ne vole ni l’auteur ni le lecteur) et d’ailleurs j’achète quand même des ebooks même si je préfèrerais boycotter les DRM et autres cochonneries (je suis faible !) »

« Ce que vous avez mis en place avec la Team permettrait, si la méthode fait école, de satisfaire les lecteurs tout en offrant à l’auteur une rémunération. Vous êtes peut-être un pionnier. Le premier, mais pas le seul, espérons-le. »

« C’est plus un don de principe parce que je soutiens ce type d’initiative qu’autre chose. Je prendrais les ebooks quand ils sortiront. »

« Je suis un liseur.
Ici à XXX les appartements ne sont pas grands.
Mes bibliothèques sont pleines (sur plusieurs couches)
Les livres sont 30% plus cher qu’en France et mal distribués.
Et donc pour continuer à lire des livres, la liseuse (que j’ai depuis 2 ans) est ma source !
J’y ai lu plus de 100 romans en provenance de la TeamAlexandriZ mais aussi achetés (52livres+1 le votre pour être précis). »

Pour finir sur une note plus légère, certains m’ont pris au pied de la lettre, et ont donc compris ma démarche initiale : j’ai une pizza qui m’attend quelque-part, et un weekend dans un gîte si je le souhaite…

Et si je trouve moi-même quelque-chose d’intéressant, dans le domaine du livre, genre asso qui s’occupe de l’illettrisme (merci à Maëlig pour l’idée), je lui verserai une partie des dons.

Merci de me suivre et… achetez mes livres of course 🙂

Bonne journée à tous,

Thomas

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À propos de Thomas Geha


13 responses to “Au Bonheur des Drames.

  • Lune

    Merci pour ce retour qui permet d’y voir plus clair sur tout ce qui t’est arrivé cette semaine !
    Pour ma part je soutiens ton initiative à 100%, car je la trouve intelligente et constructive.
    Et si tu veux une idée pour donner, je pense, sans parler d’une asso particulière, que la lecture autrement (comme les livres en braille par exemple) a besoin de nous 😉
    Des bisous.

  • Yael

    C’est vraiment chouette ! Je trouve cet échange enrichissant, beaucoup ont dû y réfléchir… et plus que réfléchir, ce qui est encore mieux concrètement. Je suis heureuse pour toi que face à ta réaction généreuse et intelligente, il y ait eu une cascade d’autres réactions généreuses et intelligente. Bienvenus à ces 400 € (qui deviendront mille peut-être, qui sait ?), bon WE en gîte, bonne pizza 🙂

    • tomgeha

      Merci Yael !
      J’en profite pour donner un lien vers ton site et tes créations que je trouve toujours superbes :
      http://paondor.blogspot.fr/
      Thomas

      • Yael

        J’avais pas vu cette réponse. C’est sympa mais ce n’était pas le lieu, je viens juste ici (j’allais dire régulièrement, mais ce n’a pas été vrai ces 2 ou 3 dernières semaines : tellement de boulot…) lire tes actus. Maintenant le plus difficile est passé, donc j’émerge et je redeviens lectrice plus assidue des autres ! Quoiqu’il en soit : Merci,beaucoup 🙂

  • kezacoco

    Merci Thomas pour ce premier retour d’une expérience que je suis avec intérêt depuis le début. Je me garderai bien d’en tirer des conclusions mais cela donne déjà largement matière à alimenter la réflexion.

    Tiens au fait… tout ce buzz m’a incité à lire ton livre et j’ai été agréablement surpris, immédiatement pris par l’histoire… tu as un sacré sens du rythme. 😉

    Bonne continuation.

  • Stéphane Gallay

    Merci pour le retour d’expérience! Ça fait toujours plaisir à voir.

  • Xapur

    Une expérience très intéressante qui permet de se rendre compte qu’il y a encore beaucoup à faire dans le domaine, à un moment de transition pour celui-ci.
    Et qui dézingue quelque peu l’image du méchant pirate téléchargeur, au moins pour ceux qui lisent, ce qui est plutôt rassurant 😉

  • Phil

    Bravo pour cette expérience. Je suis tombé sur votre histoire parce que je cherchait des ebook pour une tablette que je n’ai pas encore reçue. J’ai été surpris de tomber, via un site de torrent, sur un pack de plus d’un millier d’ebooks que quelqu’un avait rassemblé depuis Alexandriz, ce qui me fait découvrir la team. Je publie moi-même des nouvelles SF ici et là, et bien sûr je suis en secret un wanabee déprimé par l’idée que le jour où je saurais écrire de vrais romans, ça ne vaudra plus le coup de les publier tant il y aura de piratage… Votre solution de récompense à l’auteur me paraît juste idéale. En y réfléchissant, je serais prêt à donner quelques euros ici et là pour des auteurs qui m’ont marqué, même des écrivains dont j’ai déjà acheté l’ouvrage, juste en bonus pour m’avoir mis une claque. Alors quelques euros sur un bouton paypal juste en remerciement d’une lecture gratuite, cent fois oui. D’ailleurs, vu que les epub se baladent partout sur la toile, c’est directement dans le texte du bouquin que les teams de numérisation devraient intégrer un lien pour rémunérer l’auteur. L’expérience ne doit pas s’arrêter là, elle doit faire école.

  • Trsiel

    Découverte tardive de toute cette histoire car je passe rarement sur le site de la TA. En général, quand je ne trouve rien d’intéressant à lire en offre légale (bien pauvre en français).

    La TA me permet aussi de découvrir des auteurs que je ne connaissais pas et/ou le titre/couverture/résumé ne me motivait pas trop à l’origine en offre légale.

    Oui, je suis un méchant qui s’en fout des auteurs, toussa. Enfin, oui, mais non. Je n’aime pas payer pour découvrir ensuite qu’on m’a proposé une bouse juste digne d’occuper mon temps sur le trône.

    Je lis énormément… Vraiment énormément! Je ne pourrais tout simplement pas payer systématiquement tout ce que je lis sans faire un tri sur le bon et le mauvais avant!

    Par contre, quand j’aime, je paye. Avant de commencer à les revendre, j’avais près de 500 livres papiers chez moi. J’en garde toujours certains que je ne trouve pas en version numérique. Depuis ma liseuse, je peux me permettre de lire beaucoup plus et j’achète légalement ce qui me plaît vraiment. Je n’ai même aucun problème à payer deux fois, puisque j’avais déjà la version papier d’un livre et que je l’ai à nouveau acheté en numérique par la suite (pour ceux que j’aime vraiment bien)!

    Je ne veux pas spoiler les auteurs de leurs droits. Par exemple, je n’aurais jamais acheté votre livre sans avoir lu sa version « gratuite » avant; je ne pourrais tout simplement pas me le permettre financièrement Je n’estime donc pas que c’est une perte. Je pense même que la TA amène de nouveaux lecteurs à certains auteurs peu connus ou pas connus du tout. Je vais donc le prendre de ce pas et le lire. Et si j’aime, votre nombre d’exemplaire vendu augmentera de 1 quand vous sortirez votre version numérique légale prévue.

    C’est comme ca que je consomme. J’achète directement des livres de mes auteurs préférés. Je découvre « gratuitement » des auteurs que je ne connais pas et si j’aime, je les ajoute à ma liste de livres à acheter, que je vide petit à petit au fil de mes moyens.

    En espérant que vous ne tomberez pas dans la facilité du « version papier: 20€; version numérique: 15-17€ ». Je n’achète pas à ce moment-là, car je trouve que c’est du foutage de tronche monumental que de proposer une version numérique à ce prix alors qu’on peut se passer d’un paquet de coûts demandés pour une version papier.

    « My 2 cents » pour vous éclairer sur la facon de voir et consommer d’un lecteur et utilisateur de la TA. J’espère qu’elle vous aura intéressé et aidé.

    • Xavier

      Je suis tout à fait d’accord avec ce post. Je me trouve dans la même logique. De plus, je vis au Pérou, où je ne trouve pas de livres en français.
      Je suis personnellement un gros gamer et j’ai la même logique pour les jeux: j’achète les jeux qui valent vraiment le coup (jeux paradox notamment). Ces jeux n’ont pas de DRM et sont dispo en pirate dès leur sortie. Mais ils sont tellement bons que je les ai achetés car je pouvais me le permettre.
      Pour revenir au livre, je pense que TA permet à beaucoup de gens de lire des livres qu’ils ne liraient pas sans ce site…

  • jahze

    Je découvre tardivement également cette histoire et m’en régale.Je suis passé au livre numérique très récemment et par hasard.Etant un gros lecteur très souvent en manque a cause du budget j’ai sauté sur l’occasion de tester la lecture numérique pour laquelle j’avait des doute quand l’agrément qu’elle offrait.Découvrant rapidement que c’était parfaitement adapté a mes exigences en terme de qualité de lecture j’ai également découvert que ca ne l’était pas du tout en terme de prix et de catalogue.Apres de bref recherche je tombe sur TA et c’est l’extase, je découvre quantité d’auteur que je n’aurai jamais acheté avant, et que je brûle un jours d’avoir en version papier car cela reste quelque chose que de sentir du papier dans ces doigts et c’est un sentiment que beaucoup de lecteur doivent ressentir.
    Alors quand a ce débat de toujours, et bien je vous remercie vous et d’autres pour votre ouverture et la réflexion qu’elle pose sur les mutations du numériques.

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