L’homme dans la bibliothèque

Le texte ci-dessous fait partie d’un ensemble global intitulé [ré]visions apocalyptiques, roman (?) qui traitera de l’apocalypse d’une façon que je n’ai encore jamais abordée. Il formera un tout « cohérent » construit comme un puzzle de courtes scénettes. Chaque scénette montrera un personnage différent, qui vit un moment de cette apocalypse. Certains personnages reviendront parfois. Certaines histoires s’entremêleront…

Pas de date de parution, pas d’éditeur pour l’instant pour ce projet que je n’ai proposé à personne. Je verrai surtout comment tout ça se goupille à l’écriture !

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Dehors, les toitures grincent. La force du vent compresse les structures et leurs charpentes jouent un air angoissant de violoncelle désaccordé.

Quelques feuillets se soulèvent sur une table poussiéreuse, proche de bibliothèques aux étagères bondées. Un trou d’air, non loin de là, en est responsable.
Un orifice creusé dans le sol carrelé laisse entrevoir les restes d’un feu. La personne qui vit ici a bricolé un système d’évacuation de fumée, formé de tuyaux, d’anciennes conduites d’aération, assemblés à qui mieux-mieux. Il rejoint un petit velux entrouvert sur un paysage gris et immobile.

L’homme se sait seul. Personne n’est encore jamais venu à lui, personne ne s’est intéressé à la fumée. Peut-être parce que la petite ville ne contient plus qu’une seule âme, celle de son bibliothécaire.

Dans un somptueux fauteuil qu’il entretient avec soin, comme s’il s’était agi d’un ami, il passe des heures et des heures à lire. Parfois seulement, il sort pour fouiller les habitations voisines. Bien souvent, la nourriture n’y est plus consommable. Mais s’il déniche un livre, il s’assoit dans une pièce de la maison et se plonge dans la lecture. C’est pour lui un moyen de faire revivre l’endroit, l’espace d’un instant, de lui permettre de retrouver un air d’antan. Les murs se souviennent, les murs apprécient.
Puis il retourne à la bibliothèque, s’engonce dans son fauteuil, ouvre un roman ou une biographie – ce qu’il a toujours préféré –, et se perd dans un monde qui existe dans sa mémoire, dans ces feuilles couvertes de lettres imprimées. Alors, il continue de vivre.
Quand il n’aura plus une seule ligne à lire, il pourra laisser partir le monde.
Thomas Geha, [ré]visions apocalyptiques
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À propos de Thomas Geha


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