« Ta Liberté s’arrête là…

…où commence celle des autres. »

J’ai senti poindre des grincements sur la façon dont les choses se sont passées autour du piratage de mon roman, A comme Alone. Et ce fameux « deal » avec la Team Alexandriz.

Par ailleurs, je ne sais pas si c’est moi qui m’exprime mal, ou si les gens font tout pour mal me comprendre – on va dire que c’est un peu des deux – mais mes propos sont soit mal retranscrits (quelqu’un sur son Google+ trouvait ça génial que j’aie gagné 600€ grâce aux téléchargeurs alors que je n’en avais gagné que 800 avec l’édition papier au bout de sept ans ; or 800 c’est le nombre d’exemplaires vendus…, et ce n’est qu’un exemple), soit déformés par ceux qui veulent y voir ce qu’ils veulent. Et je ne suis pas vraiment d’accord.

Alors, petite mise au point :

Non, je ne soutiens pas la Team Alexandriz / oui j’ai un compte chez eux. Ce n’est pas l’amour fou sous les cocotiers entre nous, on a échangé trois mail tout au plus. En tant qu’éditeur intéressé pourquoi pas par la réédition de vieux textes, il m’est déjà arrivé de fouiller sur le site, pour chercher quelques introuvables. Non, je ne télécharge pas de livres récents, d’ailleurs je n’ai pas de liseuse, il n’y a que le livre papier qui m’intéresse vraiment, en tant que passion. Oui, j’ai déjà téléchargé d’autres contenus protégés par le droit d’auteur ailleurs. Pas du livre.

Oui, j’ai préféré dialoguer que gueuler.  C’est un crime ?

Oui, le piratage de mon livre est [EDIT : s’apparente à, ressemble à, on dirait du, à l’allure de, est ptêt bien du, est assurément du] du vol [EDIT : ou de la contrefaçon, du copitage, du copillage, une reproduction frauduleuse, peut-être un faux, une imitation, ou un fric-frac, une maraude, une spoliation ou une grivèlerie]. Et je regrette qu’il ait été volé [ou choisissez le mot qui vous sied, amis de la rhétorique]. Je l’ai dit dès mes premiers posts, je l’ai dit en tête de ce message : « ta liberté s’arrête là où commence celle des autres ». Oui j’ai déjà contrevenu à ce proverbe. Mais parmi ceux qui me reprochent de soi-disant accepter ce « vol », j’en connais qui ont eu la petite lettre de l’Hadopi. Non, je ne l’ai pas eue. Je pourrais, aussi.

Oui, le système actuel de vente et de mise à disposition des livres numériques est plus naze qu’un sketch de Bigard (voilà quelqu’un que je ne piraterai pas, foi de Calamar Breton). Les éditeurs font n’importe quoi. Mais il faut AUSSI le temps de l’évolution – c’est le problème du « tout vouloir tout de suite » des consommateurs. Et je me mets dans le même panier.

Non, ce n’est pas parce que l’offre sera meilleure que le piratage s’arrêtera.

Oui, trouver des solutions, pour un artiste, est indispensable. C’est celui de la chaîne du livre qui n’a rien d’autre qu’un cassoulet premier prix de chez Lidl à cuire dans la casserole quand les comptes sont faits – ce qui ne signifie pas, en plus, que les autres sont riches.

On fait ce qu’on peut pour vivre d’un art dont tout le monde se contrefout de qui en est à la base : l’auteur. Parce que ni l’état, ni les pirates ne sont meilleurs : l’auteur, ils s’en battent qu’il crève – du moment que tout le monde glorifie leurs IDEES. Ouh, la belle désincarnation. Il n’y a personne pour soutenir le travail des écrivains et les aider au quotidien, à part leurs éditeurs pillés allègrement. Sans doute parce qu’en France, on considère l’écriture comme un simple loisir du soir, pas comme un vrai travail… ahahaha.

Oui, j’ai donc défendu mes intérêts à ma façon. Cela ne veut pas dire pas que je soutiens le piratage. Cela veut dire que j’ai dialogué avec des gens et que j’ai pu moi aussi réfléchir à la situation, avec ces gens. Et ce n’était vraiment pas plus mal (d’où ma distinction, désormais, entre pirates – ceux qui font l’acte – et les téléchargeurs). Si l’on doit considérer les pirates et les téléchargeurs comme des interlocuteurs, eux-mêmes doivent considérer que l’auteur est un interlocuteur, pas un simple nom sur une couverture, mais une personne, avec des veines et des os et même parfois un cerveau, qui a trimé pour écrire son bouquin, peut-être même pour le publier, peut-être pour nourrir sa famille ou son hamster… C’est aussi l’idée que j’ai essayé de faire passer, avec plus ou moins de bonheur on dirait bien. Si son œuvre est piratée, l’auteur est tout à fait en droit d’agir à sa guise et son feeling sur la question. Je l’ai fait avec le mien. On dirait que je vais finir par souligner tous les mots de cet article pour me faire bien comprendre… pardon.

Je vais m’arrêter là. J’ai un bouquin à corriger, un autre à écrire, des cours à préparer, une librairie où aller bosser, etc. Bref, essayer de vivre ce que j’aime faire.

J’espère que cette fois j’ai été clair !

Adios !

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À propos de Thomas Geha


10 responses to “« Ta Liberté s’arrête là…

  • Plop

    > Oui, le piratage de mon livre est du vol.

    Certainement pas. De la contrefaçon, oui. En plus vous le soulignez, ce n’est donc pas une erreur de frappe, mais bien une erreur de logique.

    • tomgeha

      vol ou contrefaçon, le résultat est le même… au final, votre réaction est fidèle à ce que je stigmatise, il n’y a que la rhétorique qui compte, les auteurs on s’en tape un peu, en fait.

      • Plop

        Bizarre pour un écrivain de ne pas accorder de sens aux mots. Non, un vol et une contrefaçon, ce n’est pas la même chose, et le résultat n’est pas le même. Les deux sont certes répréhensibles et condamnables. Et personnellement je refuse habituellement de discuter avec ceux qui parlent de vols, ils sont déjà assez ridicules comme ça :

        Reprenons cependant pour l’auteur dont tout le monde s’en fou. Clairement pour le public, c’est faux, on aura l’air biens cons si les auteurs disparaissent (pour certains éditeurs par contre…). Ma question c’est comment :
        1) avoir un réseau permettant de mettre en relation lecteurs et auteurs
        2) rénumérer les auteurs

        Pour le 1), Internet est pour moi une révolution, et une chance à saisir pour vous. D’ailleurs, c’est bien comme ça que j’ai découvert vos livres (sans team alexandriz, il est probable que je n’en aurais jamais rien su). On a bien entendu aussi les librairies, les rencontre en direct, mais ça passe beaucoup moins à l’échelle.

        Pour le 2), la solution paypal n’est clairement pas la bonne. Et je n’ai pas de solution évidente à proposer (tant que les intermédiaires ne font pas leur boulot en tout cas). Je suis cependant content d’avoir pu participer aux dons, par rapport à votre démarche que je trouvais originale. Ce n’est pas pour autant que je lirais votre livre sans l’avoir payé en librairie. Je serais d’ailleurs curieux de savoir si ce gain de « notoriété » (avec beaucoup de guillemets, du genre tempête dans un verre d’eau) a pu avoir une influence quelconque sur les ventes de vos livres en librairie (dans un sens comme dans l’autre). J’ignore les chiffres pour les livres, mais les plus grands acheteurs de musique sont aussi les plus gros téléchargeurs illégaux.

        Vous (les auteurs) avez à mon avis tout intérêt à cesser le discours sur le vol, qui est porté par des gens qui ne vous veulent pas forcément du bien non plus, pour qu’on puisse entendre un peu votre voix. Je ne pense pas qu’on s’en tape des auteurs, mais il est bien rare des les entendre (des qui ne soient pas caricaturaux en tout cas).

  • tomgeha

    j’ai édité mon message… merci !

  • tomgeha

    Et pour répondre un peu mieux : oui, j’ai utilisé le mot vol, j’aurais pu en utiliser un autre, comme vous voyez. C’est certain. Le problème, c’est qu’il faut toujours que quelqu’un se braque, quel que soit le mot qu’on emploie. J’avais besoin d’éclaircir mon message, utiliser des mots plus forts était donc indispensable puisque, visiblement, nombreux sont ceux qui ne le comprenaient pas ou le retranscrivaient mal. Pour les dons, ce n’est effectivement pas la meilleure idée du monde, même si je reste satisfait que cette histoire ait fait avancer un peu les choses, et qu’il y ait eu cette possibilité de donner une image plus positive du problème, avec au moins une recherche de solutions relativement saines !
    Cordialement.

  • tomgeha

    et ensuite, n’oubliez pas tout ce que j’ai dit avant, dans mes autres posts, c’est toujours d’actualité. Bien sûr qu’il y a des problèmes dans la diffusion des livres, bien sûr je ne jette pas la pierre aux téléchargeurs, je sais que nombreux sont de très gros lecteurs. Je dis juste : attention aux créateurs (et là il n’y a pas que le problème de piratage) ; quand on aura fini de creuser leur tombe, les mêmes qui auront creusé la tombe viendront se plaindre qu’il n’y a pas/plus de nouveauté…

  • battinost

    A reblogué ceci sur Blog ludique de Benoit Attinost and commented:
    ça vous rappelle pas quelque chose ?

  • Tohad

     » Parce que ni l’état, ni les pirates ne sont meilleurs : l’auteur, ils s’en battent qu’il crève »
    Je mettrais aussi (la plupart) des éditeurs dans le sac, une profession remplacé par des mecs d’école de commerce qui font tourner une industrie qui ne comprend rien au web et qui fonce droit dans le mur en emportant les auteurs dans leur sillon.

    • tomgeha

      Alors, parlons des bons éditeurs ! Faut les mettre en avant d’une façon ou d’une autre !
      Pourquoi n’existe-t-il pas, par exemple, un site indépendant qui référence les bonnes offres légales ?
      Pour que les lecteurs s’y retrouvent aussi dans ce domaine ?
      Si quelqu’un veut se lancer… y’a un créneau à prendre.

  • Fabien Lyraud

    Les mauvais libraires font aussi beaucoup de mal aux auteurs, ceux qui considèrent un vendeur avant tout comme un manutentionnaire et qui disent que de toute façon 90% des ventes se font toutes seules et que le conseil, on en fait très peu. Il ne leur viendrait même pas à l’idée qu’il faut animer les rayons en permanence en mettant en avant les petits éditeurs et les auteurs peu connus ( qui à mettre certains best seller en retrait, ceux là les lecteurs savent où les trouver.). Il faut bien qu’ils se disent qu’Amazon ce n’est pas le mal. Mais quand on habite en pleine cambrousse c’est le seul moyen d’avoir accès au livre. Il faut bien qu’ils se disent que leurs ennemis ce sont les rayons livres des super et hyper qui font du nivellement par le bas et que dans ce combat là Amazon peut être un allié.
    Les mauvais bibliothècaires ont aussi leur part de responsabilité. Et là c’est un milieu que je connais bien. La situation s’est améliorée depuis dix ans à ce que j’ai compris. Mais bon il reste encore des professionnels qui achètent les best sellers en tombereau et même certains ( ça c’est du vécu) qui préfèrent commander au Grand LIvre du Mois plutôt que faire travailler les bons libraires ( et quand on est dans une petite ville avec un libraire un peu fragile, le libraire finit en liquidation parce que ce type de marché pouvait lui permettre de boucler un peu mieux ses fins de mois.)
    Et pour les éditeurs, ils préfèrent viser les supermarchés. Quand on veut vendre chez Carrefour il faut plaire à la ménagère et on propose des romans orientés romance, ce qui vaut de la bit lit jusqu’à plus soif.
    Sans les mauvais libraires, les mauvais bibliothècaires et les mauvais éditeurs les choses se passeraient peut être un petit peu mieux pour tout le monde.

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