Copeaux (for real)

L'étable

Aux heures où il travaillait pour la ferme, dans les champs ou les étables, je le croisais très peu ; levé aux aurores, bien avant moi, pour traire les vaches et les envoyer paître, Papé ne me revoyait que pour le silencieux repas de midi, à peine perturbé par la bruyante aiguille de l’horloge à balancier ; un repas souvent identique à la veille : une soupe aux vermicelles suivie de carottes râpées, de dés de betteraves rouges, d’œufs et éventuellement de jambon.

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« Les décembres de ses années de retraite, il ne quitta pas son atelier. Il n’en eut qu’une dizaine, hélas, et mourut d’un infarctus soudain. Jamais aucun médecin ne lui avait diagnostiqué de problèmes au cœur. Avec Mamé, quand nous allions remplir nos seaux d’eau pour arroser le jardin, nous entendions les bruits de scie circulaire ou à ruban, de toupie, de raboteuse, de ciseau à bois, entrecoupés de toux, sans doute provoquées par la sciure. Parfois, nous le voyions coulisser la porte sur rail de la porcherie, jamais en entier, et déverser des sacs de copeaux dans une antique benne de tracteur à la peinture verte défraîchie. »

maison

« Une fois par semaine, le vendredi, les camionnettes du poissonnier et de l’épicier passaient à la ferme ainsi que dans les autres du hameau, y compris en décembre où les routes de campagne gelaient et glissaient. Je m’étais levée pour les accueillir. En les attendant, enroulée dans une robe de chambre en grosse laine, les pieds dans mes sabots (je les ai toujours aimés, pourtant même Mamé trouvait ça désuet), j’ai changé la paille des lapins et, avec quelques belles feuilles de chou vert, les ai nourris. Ils se sont jetés dessus. »

Laiterie et étable

« Un jour, alors que, dans la laiterie, nous barrations de la crème pour en faire du beurre, à demi-mot, Mamé m’avoua que Papé se jugeait responsable du décès de mes parents ; c’était lui qui leur avait demandé de venir à la ferme ce soir funeste de Noël, quand leur voiture avait percuté un tracteur sur une étroite route de campagne, me laissant seule survivante et orpheline. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et pour lire la nouvelle en entier (je rappelle que dans le recueil Les Créateurs, il s’agit d’une version révisée), c’est ICI.

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À propos de Thomas Geha


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