Une île et quart sous la lune rouge.

une ile et quart

Une île et quart sous la lune rouge / novella en cours. (Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur)

Mais aujourd’hui, malgré la nuit qui tombe doucement, calme, chaude, elle ressent ce besoin viscéral de revoir les pierres, un peu comme si son avenir en dépendait. Elle entend les murmures, lointains et tenaces, qui s’agrippent à sa peau, à son esprit. Ils fourmillent, se multiplient.

C’est un soir d’été comme tant d’autres. La lune se lève, timide et pâle, dans un ciel vide de nuages. Ariane court entre les fougères et les genêts à balais, dont les gousses tintent à son passage comme autant de serpents à sonnette ; sa foulée nue effleure à peine l’herbe rêche et moussue ; elle ne sent ni les échardes qui se fichent sous la plante des pieds, qu’elle ne chausse plus guère au grand désespoir de sa grand-mère, ni la piqûre des cailloux aux arêtes pointues. Son cœur bat la chamade, ses veines se gonflent de l’effort fourni. Sans hésiter, elle traverse le labyrinthique village. A cette heure, les insulaires se cachent derrière leurs hautes enceintes de pierre, ou de longues haies de sapins, qui les rendent invisibles aux yeux de tous. Les habitants de l’île aiment par-dessus tout rester dissimulés, comme s’ils gardaient chez eux les plus grands secrets de l’univers. Ariane a toujours pensé que ce sont ces haies et ces murs qui façonnent les passages et les chemins tortueux du village. Étroits et étouffés, ils combattent pour un maigre espace. Un jour, ils perdront, et chaque maison deviendra sa propre île.

Ariane s’arrête une vingtaine de minutes plus tard, à bout de souffle, alors qu’elle a retrouvé les espaces sauvages, les mains sur les hanches. Bouche ouverte, elle aspire une longue goulée d’air frais. La fatigue n’a toutefois plus aucune importance : les Deux Roches se dressent non loin d’elle. La lune a déjà retrouvé son lustre et brille de mille feux blancs et projette sa lumière sur les pierres. Dans l’obscurité qui s’installe toujours plus, les deux sentinelles se dressent encore plus haut, démesurées, fières. Fières qu’Ariane les rejoigne.

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À propos de Thomas Geha


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