Suites Apocalyptiques (16) Une apocalypse Playmobil (épisode 3)

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Fine repéra la première un passage abordable, mais néanmoins dangereux, qui nous permettait de descendre, toujours plus bas, vers la vallée des redoutés « Robots Fous », contre lesquels les Pince-Fer nous avaient mis en garde. Étaient-ils fous ou simplement dignes de confiance et bons avec nous ? L’avenir nous le dirait.

Nous ne possédions pas de jumelles, si bien que, même si nous apercevions parfois du mouvement en contrebas, rien ne nous permettait d’imaginer que nous allions tomber nez-à-nez avec un titan capable de nous déchiqueter. C’est bien connu : quand on ne prend pas la mesure d’un danger, quand on ne le voit pas, le danger n’existe tout simplement pas. Un philosophe de mon Royaume disait : « L’enfer, c’est les autres. » davCertes : encore faut-il qu’il y ait des « autres » et, pour ainsi dire, tout ce que nous croisions était  mort ou, au mieux, inanimé.

Le pire depuis notre départ, finalement, fut cette descente, avec moult précautions, d’un arbréchafaudage géant, dont le bois commençait à se nécroser.

L’odeur, insupportable mélange de poussière et de moisi, apportait vite la nausée et  de cette nausée naissait un trouble, une fatigue évidente et violente ; ainsi, nous devions nous concentrer au maximum, sans aucun relâchement possible, et nous devions nous parler, pour ne pas choir, brisés, tout en bas. Fine dissertait, la plus enjouée possible, sur son enfance, sur ce coin de verdure, bordé d’arbrefeuilles, où elle trouvait calme et sérénité quand on l’avait mise en colère. A présent, quand elle sentait la colère monter en elle, ce paysage se matérialisait dans son esprit et lui permettait de retrouver le sourire, au moins quelques instants salvateurs. Je n’avais rien de tel auquel me raccrocher, ou alors j’évitais d’avoir un tel lieu intérieur parce que je n’avais pas encore décidé si nos vies – ma vie – retrouvaient un sens.  Je ne pouvais qu’espérer.

Nous mîmes pied dans la vallée des Robots alors que l’obscurité venait doucement, telle une paupière hésitante. Retrouver un sol plat soulagea nos jambes et nos esprits. Mais pour l’heure, nous ne souhaitions pas nous reposer : plus vite nous avancerions, plus vite nous sortirions de cette zone à risque.

Au moment je où je pensais cela, nous rencontrâmes d’ailleurs la première forme de vie depuis les Pince-Fer. Elle leur ressemblaient étrangement. Mais celles que nous surnommâmes bientôt les Béquilles se déplaçaient paisiblement en troupeaux et nous prîmes le temps de les approcher et d’en caresser quelques unes. Quand nous passions nos mains sur leurs corps lisses et froids, elles tremblaient légèrement, dégageant à intervalles réguliers de petites ondes électriques. Sergent Major, surpris, fut le premier à le découvrir, mais continua néanmoins de les flatter : il n’y avait rien de dangereux, ni de désagréable. Au pire, ça réveillait tout le monde.

Pendant quelques heures, nous voyageâmes en compagnie des Béquilles, jusqu’à ce qu’elles nous conduisent à l’endroit où, visiblement, elles aimaient paître. Elles se nourrissaient de rouille, qu’elles aspiraient directement par deux bouches placées sous leurs pattes.

Ce fut dans cet endroit isolé, peut-être simplement connu des Béquilles elles-mêmes, que nous découvrîmes, après de nombreuses heures de recherches, des armes. Fine s’équipa d’un Trombone Pulseur. De mon côté, je pris possession d’un Démantibulateur à ondulations. Et enfin, Sergent Major encastra dans son bras un fouet à plasma. Les armes n’étaient pas de la première fraîcheur, mais après plusieurs tests – réussis – nous pûmes exulter ! Nous étions désormais mieux protégés ! Ce que nous ne savions pas, alors, c’est que ces armes allaient effectivement nous sauver la vie.

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En effet, à peine une journée après la fouille de cette « décharge » providentielle, alors que nous remontions pour contourner la vallée, nous tombâmes pile devant notre premier robot, lequel semblait inanimé. Nous lâchâmes nos affaires, et nos armes, bien imprudemment peut-être, pour aller tâter la vieille carrosserie cabossée de cette drôle de créature ferrailleuse.  Quand Fine passa sa main sur le métal, une légère fluctuation chromatique nimba les alentours. Et Fine fut projetée au sol.

Quand elle se releva enfin, alors que j’accourais à son secours, elle leva une main pour me signifier que tout allait bien. Elle reprit son souffle puis nous regarda, Sergent Major et moi. Ce qu’elle nous dit alors, le débit de parole rapide et saccadé, nous laissa pantois. En effet, pendant la demi seconde où sa main s’était posée sur le robot, les souvenirs résiduels de la machine morte s’étaient transférés dans son esprit. Elle nous dit, le timbre de voix laissant filtrer son angoisse :

« Vite, il nous faut partir ! ILS savent désormais que nous sommes ici ! »

« ILS », je le sus quelques heures après, c’étaient les robots, le clan du Cerveau, dont le commandant se faisait appeler Hannibal Smithed.

Nous courûmes, longtemps, aussi vite que nos jambes le permettaient. Fine nous donnait les directions à prendre. Elle agissait spontanément, comme si elle avait toujours vécu là. Et, d’une certaine façon, c’était le cas. Le robot mort avait sillonné la région de longues années avant de s’éteindre : il lui avait transmis, de ce fait, les plans, les itinéraires et bien d’autres  informations encore, comme nous le saurions plus tard. Sur l’injonction de Fine, nous nous arrêtâmes pour une petite pause briefing. D’après notre guide, si nous avions un dieu, c’était le moment de prier : l’accès – le seul praticable – qui devait nous mener vers le vaisseau se situait en bordure de la vallée des Robots, juste derrière la base où gouvernait, sans jamais la quitter, le Cerveau. Nous n’avions qu’une seule possibilité : une voie déviée sur la gauche du camp. Mais une voie évidemment protégée par un soldat armé jusqu’aux dents du Cerveau. D’après Fine, la puissance de ce dernier était sans égale. Les fluctuations chromatiques lui étaient largement imputables, quand un rouage se bloquait dans sa carapace, car c’était lui qui pompait l’énergie de ce monde, c’était lui qui se nourrissait de sa couleur. Et, c’était à parier, quand ce monde détruit manquerait d’énergie, tous les robots s’arrêteraient (bien sûr), mais tout le reste mourrait aussi, y compris nos amis Pince-Fer et Béquilles. Nous aurions aimé leur prêter assistance, mais la mort de ce monde était inéluctable.

Ainsi Fine voulait être sûre que nous étions prêts à affronter l’enfer. Nous nous entreregardâmes et je suis sûr que dans les yeux de chacun se lisait une intense résolution. Je l’avais dit, de toute façon, je n’avais plus rien à perdre. Et quand on estime ne plus rien avoir à perdre, même un robot géant ne peut plus vous faire peur.  Nous attaquâmes donc le problème frontalement. Armes en mains, avant que le soldat du Cerveau ne prenne conscience de notre présence, nous débouchâmes devant lui, bien décidés à ne pas laisser passer notre chance. Le robot, cependant, m’impressionna, d’autant plus qu’il résista à la fois aux pulsations, au plasma et aux ondulations.

Oui! Sans peur nous faisions face au robot. Et nous tirions. Tirions encore, déchargeant nos armes sur cette vieille mécanique de guerre.

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Enfin, alors que les répliques de l’engin de mort nous frôlaient (et d’ailleurs un copeau métallique s’enfonça dans le bras de Sergent Major) une ondulation de mon Démantibulateur eut raison de notre adversaire, dans un désordre chromatique total.

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Nous enjambâmes sans plus attendre les ruines fumantes du robot et courûmes, éperdus, jusqu’au bout du chemin. Hélas pour nous, un peu plus loin, un comité d’accueil nous attendait et nos armes avaient épuisé leurs réserves ! Nous avions dû nous résoudre à les jeter. Il nous restait une seule solution. Continuer à courir, tout droit, sans hésiter, en espérant que ce nouveau robot, deux fois plus effrayant que le précédent, soit bien trop lent pour nous suivre. Avec un frisson, je parvins à passer sans me faire prendre, tout comme Sergent Major. Hélas, il n’en fut pas de même pour Fine, happée de justesse par un immense avant-bras mécanique, doté d’une sorte de ventouse meurtrière.

Fine nous cria de partir, de l’abandonner. Elle cria encore, nous voyant revenir sur nos pas, nous rapprocher dangereusement du titan aux ordres du Cerveau. Elle cria et se débattit avec tant d’intensité que la machine en fut perturbée et  relâcha un instant son étreinte, avant même que nous n’arrivions pour la sauver. Ces quelques secondes d’inattention du robot suffirent à Fine pour se remettre debout et filer avec nous, à toute vitesse. Haletante, elle nous glissa un court mais sincère « merci ». Pourtant, celui-ci n’était pas nécessaire : nous n’avions rien fait. Elle remerciait juste notre altruisme.

Dès lors, une fois le mastodonte loin derrière, nous nous sentîmes moins en danger. La piste semblait dégagée jusqu’à l’endroit où s’escrimait à nous mener Fine. Nous aperçûmes plus bas, comme nous atteignions un niveau supérieur,  une partie de la terrifiante armée du Cerveau et le cerveau lui-même, dans leur imprenable bastion. De toute façon, nous n’avions évidemment aucune ambition d’attaquer. Casse-cous peut-être, mais moins fous que la horde de robots !

Un nouveau frisson nous parcourut l’échine. Si nous nous en sortions, nous pourrions dire que nous l’avions échappée belle, et que notre salut n’avait n’avait tenu qu’à un… boulon.

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Nous nous engouffrâmes dans un long et étroit tunnel, qui signifiait, avec tout le soulagement que ça impliquait, que nous quittions la zone mortelle des Robots Fous. Un temps interminable, nous nous rappâmes les genoux contre un sol lisse, qui nous laissait des brûlures affreuses sur la peau.  Je pleurais presque de douleur quand, enfin, nous aperçûmes le bout du tunnel.

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M’étaler dans la poussière de ce nouveau lieu fut un des plus beaux moments de ma vie. Je ressentis les veines se gonfler en moi, je sentis mes poumons se comprimer puis se relâcher. Mes muscles, tétanisés par les efforts répétés, se relâchèrent également.

J’eus moins honte en constatant que mes compagnons optaient pour la même attitude. Alors,  quand elle fut remise du trajet, Fine nous expliqua toutes les visions que le robot lui avait transmis, c’est à ce moment-là que nous sûmes qui était le Cerveau, qui était son frappadingue lieutenant, Hannibal Smithed,auquel nous avions réchappé. C’est à ce moment-là que nous comprîmes réellement, Sergent Major et moi, ce que nous venions d’affronter.

Nous sommes sur la bonne voie, nous prévint alors Fine. Grâce au robot mort, j’ai pu connaître ce lieu, tabou pour eux. Grâce à lui j’ai pu apprendre qu’ici-même se trouve un téléporteur, qui nous transférera directement dans la zone que nous recherchons.  Elle se tut quelques secondes devant notre étonnement également muet puis reprit , répétant : « Nous sommes sur la bonne voie, mes amis… et demain nous pourrons aller à la rencontre de notre avenir, quel qu’il soit. « 

Mon regard soudain confiant croisa celui de Fine. Je sus alors que plus rien ne pourrait nous arrêter.

(suite et fin dans l’épisode 4)


Les textes comme les images sont (c) Thomas Geha et de ce fait sous l’ignominieux joug de de Macron Ier. Il est néanmoins (encore, tant que c’est légal) autorisé de partager, tant que les sources sont citées.

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(Suites Apocalyptiques est une série de courts textes d’ambiances apocalyptiques publiés sur mon blog, pour le faire (re)vivre un peu, à raison d’un à deux textes par semaine) (Just for fun comme on dit) ; du texte, juste du texte, pas d’image (même si pour les suites Playmobil, j’ai menti, mais François Fillon aussi a menti et en plus il a perdu, youhou), pas d’enjolivement, juste ce qui passe par la tête)

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