Ceci n’est pas une Suite Apocalyptique (Le Terril).

Chers lecteurs,
Au hasard d’un e-mail envoyé il y a quelques années à un ancien éditeur, j’ai retrouvé ce petit texte. Ce devait être le début d’une nouvelle dans l’univers de A comme Alone. Mais je ne l’ai jamais continué. En revanche, je m’en souvenais bien, et c’est peut-être, au fond, un texte qui a participé à mon envie d’écrire ces Suites.

« Le Terril »

Il faisait chaud sur le terril. Le sommet en avait été aplani, soit par le
temps, soit par une intervention humaine ; autant que la vue, la place était imprenable. L’homme ne savait plus depuis combien de temps il vivait là. Parfois, quand il s’asseyait dans l’herbe fraîche, au pied d’un arbre, il se disait que sa vie avait toujours été ici, et nulle-part ailleurs.
Le terril était un vaste cône dont il ignorait les dimensions exactes, même si, étant donnée sa situation, il aurait très bien pu s’amuser à mesurer au centimètre près. C’était sans importance. Si quelqu’un devait venir jusqu’ici, qu’à cela ne tienne : il serait ravi d’avoir de la compagnie.
Pourquoi pas, après tout ? Depuis combien de temps n’avait-il pas été au contact d’une peau humaine ? Depuis combien de temps n’avait-il pas pu admirer cette flamme unique dans les yeux de quelqu’un ?
L’homme se permit un rire sec, peut-être un peu désabusé, ou dément. Quand il regardait autour de lui, tout n’était que silence, mort et destruction. Comme si l’âme humaine avait été victime d’une explosion et ses souvenirs dispersés un peu partout, dans un désordre irrémédiable.
L’homme posa le tranchant de sa main sur son front et scruta l’horizon un long moment. De temps à autres, il prenait des notes sur un vieux carnet dont la couverture défraîchie représentait une femme à moitié nue. Autrefois, il y avait eu un slogan sur le carnet : il s’était effacé, lui aussi, comme le monde, usé par le frottement incessant des doigts sur la couverture.
L’homme ne quittait jamais son carnet. Il y consignait tout ce qu’il considérait comme important ; il y dessinait la carte de son territoire, marquant de croix rouge les frontières, du moins celles dont il était certain parce que, bien sûr, il n’en n’avait pas fini de son exploration. Si tel avait été le cas, il ne serait plus là, à contempler l’horizon ; non, si tel avait été le cas, il serait à l’état de cadavre.
Le terril était sa prison.
Le constat avait été très simple. Trop proche de la ville, trop malchanceux.
Son terril, îlot de l’impossible, était entouré de nadrones, petites mécaniques invisibles et meurtières, qui l’enclosaient aussi sûrement qu’un lapin dans son clapier. Pour une obscure raison, les anciens nanorobots ménagers ne franchissaient jamais une certaine limite, et hors de leurs zones, il pouvait vivre.
Depuis deux ans, donc, il vivait ici, dans un cabanon de fortune fabriqué en haut du terril, et se nourrissait de baies, de rares animaux capturés (oiseaux, souris), d’insectes. Il avait exploré quelques jardins, assez proches de lui pour appartenir à sa prison et entretenait du mieux possible les quelques arbres fruitiers qu’il avait découvert. Selon la saison, il pouvait donc se nourrir de cassis, de groseilles, de mûres, de poires et de pommes. Il avait aussi entassé, dans sa hutte, un nombre certain de boîtes de conserves, mais trop peu. Il se les gardait pour les jours de disette, qui ne tarderaient pas, quand même les derniers vers de terre auraient foutu le camp.

Un jour, espérait-il, son calvaire prendrait fin.

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À propos de Thomas Geha

Ecrivain / Littératures de l'imaginaire. Voir tous les articles par Thomas Geha

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