Archives de Catégorie: L’Autoroute Sauvage

Dans le rétro de l’Autoroute Sauvage n°4

Il y a deux ans sur mon ancien blog… rien n’a vraiment changé 😀

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jeudi 11 juin 2009

Hadopi pi pi, tu es baba !

Je ne suis pas coutumier des billets d’humeur, mais…

Une bonne nouvelle, dans cette grisaille ambiante, nous est venue du Conseil Constitutionnel qui – mais oui, il y a encore des Sages en France qui ne pensent pas uniquement que par le sacro-saint ARGENT – a considéré la riposte graduée de la Loi Hadopi inconstitutionnelle, voire l’a considérée comme fondamentalement contraire aux droits de l’homme. Ouf. Dans ma courte nouvelle Virus et Copyright, je tirais, sous couvert d’humour, d’ironie, et, sans doute aucun, d’exagération, une sonnette d’alarme, directement liée à mon franc et sincère engouement pour ce texte que j’ai signé, et avec lequel je me sens parfaitement en phase. La décision du Conseil Constitutionnel me conforte, ô combien!, dans ma position, avec notamment cette réflexion éthique qui signifie à tous, et il faut le répéter encore et encore, que seuls les juges (dont c’est le travail) peuvent décider de condamner quelqu’un, et qu’on ne peut laisser ce pouvoir -énorme- par exemple, à des sociétés privées, ou à des hommes et des organismes qui finiraient invariablement par se prendre pour Dieu ; et invariablement, les dérives qui en découleraient seraient catastrophiques.
Néanmoins, je soulignerai ici à quel point la culture, en France, est dans un sale état (voyez un double sens dans cette phrase si vous le voulez!). L’industrie du disque va mal, hormis ses chiffres records chaque année bien sûr, et les « artistes » qui en vivent vont mal : regardez du côté de Thomas Dutronc, premier défenseur acharné d’HADOPI. Certes, l’industrie du disque n’est pas protégée par une loi comme celle, en grande partie excellente, qui régit le livre (La loi Lang) et on sait où s’en va l’argent : dans la poche des majors, et dans celle de certains artistes. Oui, indubitablement, il est temps d’agir pour l’industrie du disque, mais pas dans le sens de l’ultra-libéralisme forcené, pas au simple profit de la grande distribution et des majors. Car c’est bel et bien ici que le bât blesse. Hadopi est un jouet offert aux majors par un gouvernement qui cherche à instrumentaliser ses citoyens, un jouet mis à disposition de grands patrons pour que ceux qui brassent déjà énormément d’argent puissent boire à ce robinet doré sans restrictions, et à l’infini. Bienvenue dans le monde du pognon. Et la culture dans tout ça ? Et les artistes dans tout ça ? Honnêtement ? On s’en tamponne le coquillard. S’ils ramènent du pognon, très bien, on les aime et on les cajole. S’ils n’en ramènent pas, quel est donc leur intérêt ? Oui, quel est leur intérêt puisque les majors, notamment, peuvent en fabriquer à la demande ? Mais oui, mes amis, l’art c’est cela : fabriquer du rêve. Les majors l’ont bien compris : on fabrique du rêve à coups de plans marketing maîtrisés de A à Z, et le martèlement ne s’arrête que lorsque la cible a cédé ; du rêve éphémère, certes, mais renouvelable (c’est un mot à la mode, on ne peut donc pas y voir de sens négatif, n’est-ce pas ?). On s’en contentera donc, puisque c’est la seule chose que l’on nous propose, puisque c’est cette vision des choses que, au final, Hadopi défend.
D’ailleurs, est-il utile de rappeler que, quoiqu’on en dise, la situation du livre se rapproche tangiblement de la situation du disque, malgré l’existence de la loi Lang ? Outre les contournements, notamment d’Amazon & cie qui ne font pas payer les frais de port, la grande distribution et le réseau de chaînes de librairies s’accordent de plus en plus pour ne plus proposer qu’un choix maigrelet et calibré, grâce à quelque chose qui a bouleversé la chaîne du livre : la centralisation. En Histoire, on dit de la centralisation qu’elle est « un système d’organisation adopté par un Etat souverain ». En librairie, il s’agit de la même chose. C’est à dire qu’elle découle d’une stratégie de groupe tout puissant qui décide à votre place ce que vous devez lire. Là où le libraire posait problème, on lui coupe définitivement l’herbe sous le pied. Je vois d’ici : « Tu n’es pas content? Tu dégages! ». Donc, le libraire n’effectue plus ses propres choix, et on lui impose de vendre du Guillaume Musso et du Marc Lévy à tire-larigot. Et s’il n’est pas content, en effet, il dégage. La grande librairie moderne n’a plus besoin de libraires, elle a besoin de magasiniers. La librairie moderne n’a plus besoin de libraires qui ouvrent leur bouche, les plans marketing sont là pour le remplacer (et les librairies deviennent ainsi aussi intéressantes et pertinentes que des relais de La Redoute). Pas étonnant, du coup, que ce métier soit de plus en plus méprisé et mal payé (le smic, et encore, si ça pouvait être moins…). Le libraire est instrumentalisé par cette industrie culturelle qui, elle aussi, tend à désirer (n’y voyons pas que le Diable d’ailleurs) une rentabilité maximale, au détriment la diversité culturelle. Exit les petits éditeurs qui emmerdent tout le monde et qui ne vendent pas beaucoup. De toute façon, ils ne tiennent que grâce à la Loi Lang (les libraires ne travailleraient alors qu’avec les gros qui peuvent, en raison de leurs volumes de ventes, proposer des marges conséquentes). En bref : en coupant deux têtes, celle des libraires transformés en zombies de la culture et celle des petits éditeurs que la grande distribution (grands éditeurs et chaînes de librairies) court-circuite, l’industrie du livre tend à nous jeter en pâture une culture de masse d’une pauvreté absolue, parce que cette industrie possède, elle, une culture unique de la rentabilité-à-tout-prix et du bénéfice. Soyons cyniques et un brin caricaturaux deux minutes : là où se trouvent les richesses ne se trouve pas la pauvreté. L’industrie culturelle s’enrichit quand la culture, elle, s’appauvrit à l’inverse et proportionnellement.

A force de vouloir tout diriger selon leur seule convenance, au détriment des acteurs qui rendent possible cette industrie, les industriels du disque et du livre en oublient l’essentiel. Nous choisissons. Nous avons les clefs (1). Faisons-en bon usage.

Thomas Geha


crédits : l’image qui illustre ce billet est tirée du blog Le Fur et La Mesure, qui reprend lui-même une
affiche originale de Geoffrey Dorne.

(1) Ce besoin irrépressible qu’ont l’Etat et les industriels  (les deux têtes de la même hydre) de vouloir contraindre et contrôler internet (Hadopi est l’étendard flagrant de cet état d’esprit) montre à quel point nous avons ENCORE le choix, ENCORE des libertés et ENCORE un certain pouvoir décisionnaire. Ne nous laissons pas phagocyter, ou nous n’aurons, alors, plus rien.


Dans le rétro de l’Autoroute Sauvage n°3

Lettre de motivation  – Occulte Ministère de la Nuit


Monsieur Le Président,


   N’ayant, malgré toutes mes recherches récentes, pas trouvé de travail, je me tourne vers vous pour vous signaler ma détresse. Bientôt, je mourrai de faim.
Vivant exclusivement la nuit pour des raisons physiologiques, j’ai tenté de devenir videur de boîte de nuit, mais dès mon premier essai, on m’a renvoyé et inscrit sur les listes noires de la  profession : je manquais soi-disant de sang froid. Pourtant, je vous assure que non, il s’agit d’une très mauvaise appréciation. Mais le résultat est là et me fend le cœur : je suis fini pour ce travail qui me plaisait tant, mais m’a laissé sans gains un long moment… J’ai ensuite postulé comme brancardier dans un hôpital de nuit, mais la vue du sang me faisait tourner la tête, me rendait fébrile. Je me suis évanoui plusieurs fois. Gardien de parking ? Pas mieux : Je m’ennuyais ferme dans cette guérite et, en outre, je ne pouvais m’empêcher de repenser à ce funeste jour où je fus attaqué, ce jour où je contractai cette maladie du noctambule très mal reconnue par Votre État (c’est une honte, je tiens quand même à vous le signifier !). Bon sang ! Pendant deux ans j’ai adhéré à de nombreuses associations pour qu’enfin, vous fassiez bouger un peu les choses concernant notre situation. Vous avez fait la sourde oreille. J’ai donc poursuivi mes recherches, intensives. Le Pôle Emploi ne m’aura été d’aucune aide : ils vous sucent jusqu’à la moelle mais ils n’ouvrent pas la nuit. J’ai donc fini par perdre toutes les aides d’état parce que je ne pouvais répondre favorablement à leurs convocations. D’ailleurs, en deux ans, ils ne m’ont proposé qu’un seul travail : vendeur de légumes sur un marché nocturne. Hélas, je dus également y renoncer, à cause d’une allergie permanente à l’ail. Mais je ne baisse pas les bras pour autant ! Je suis dynamique, j’ai les dents longues, je souhaite me rendre utile ! J’ai lu, il y a peu, que vous renforciez vos mesures sécuritaires. Là où celles-ci glacent les sangs de certains citoyens j’y vois personnellement une lueur d’espoir ! Vous souhaitez déchoir de leur nationalité les délinquants d’origine étrangère, récidivistes, où qui s’attaquent aux forces de police ? Je peux vous aider à poinçonner leur ticket de sortie en toute discrétion, notamment par la création d’un occulte Ministère de la Nuit. Je vous garantis 100% de réussite, tout en alliant efficacité, professionnalisme, et plaisir. Je ne ferai pas la fine bouche. Vous serez débarrassé de cet épineux problème, et moi du mien. Évidemment, si vous souhaitez que j’épargne les hongrois d’origine, nous inclurons une note spécifique en bas du contrat. Je peux faire d’autres exceptions, bien sûr, les italiens, par exemple, votre amour pour eux étant bien connu : Carla, Silvio, etc. A contrario nous pourrions aussi trouver un arrangement spécial pour les basques, les corses, et les bretons qui n’hésitent jamais à vous enfoncer un pieu dans le cœur !
   En attendant un signe de votre part, je reste ouvert à toute proposition ou contre-proposition. Je suis un mordu de votre politique et de votre grandeur.

 

Sangcèrement votre,

Vlad Jean-Paul Boulanger

ps : Je suis vampire de pure souche française (Auvergnate pour être précis).

Le photo-montage provient de :
CPOLITIC


Dans le rétro de l’Autoroute Sauvage, n°2

De temps en temps, je remets ici un ancien post de mon précédent blog, l’Autoroute Sauvage.

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Très chère Célia… voyante



Si vous ne souhaitez plus recevoir d’e-mail de ma part, veuillez appuyer ici

http://tk.voyance-web./r/?id=t347d24f,af0066,af007cp1=XkIwkv%2BXJo4Ze3brm9K3IKaNLxDI26PDEkJUIAIA

Vous commencez bien mal votre lettre, chère Célia. Craignez-vous que je ne prenne pas au sérieux votre message ?

   Pour être sûr(e) de recevoir tous nos emails, ajoutez contact@voyanceweb.fr à votre carnet d’adresses.

Sur ce point, je vous fais confiance. Nul doute que je recevrai vos messages tant attendus.

  XAVIER, J’AI PARTAGÉ UNE VISION QUI VOUS CONCERNE ET DONT JE DOIS VOUS PARLER DE TOUTE URGENCE !

 Quoi ? Mais avec qui avez-vous partagé cette vision ? Avec Dieu ? Avec Josette, la boulangère du coin ? Où était-ce lors d’une fiesta entre voyantes où vous aviez fumé quelques substances, ou gobé quelques champignons ? Dans tous les cas, donnez-moi vite l’adresse de votre fournisseur, ça m’a l’air d’une efficacité redoutable ! En plus, moi aussi je pourrai CRIER dans les mails, J’ADORE ECRIRE EN LETTRES CAPITALES !

 xavier, Je dois vous raconter des choses surprenantes qui pourraient bien transformer les six prochains mois de votre vie en un rêve merveilleux.

 Ah, ça y’est, on ne crie plus. Ton de confidence. On arrive au but. Youpie, vous allez transfomer ma vie, voilà qui me remplit de joie et de bonheur ; je sauterais presque sur ma bouilloire, juste à côté de moi, pour la couvrir de bisous. Mais elle est brûlante. Ce serait dommage de me transformer en grand brûlé, n’est-ce pas ? Ca gâcherait cette vie merveilleuse que vous me promettez…

 Ce que je vous dis là est très sérieux. C´est tellement fabuleux, si inattendu et si intéressant, qu´il faut absolument que vous soyez au courant le plus vite possible…

 Oh.My.God. Je suis tout ouï après tant d’emphase merveilleuse ! Dites-moi qu’on a retrouvé l’Atlantide ! Mais vous auriez dû m’appeler, à moins que vous n’ayez pas mon numéro dans vos visions… ou alors m’envoyer un recommandé. Au pire, des signaux de fumée.

 tout a commencé il y a une semaine. Il était tard et je travaillais sur des dossiers complexes. Je tombais de sommeil.

 Hey, Celia, faudrait quand même pas nous faire un nervous breakdown quand même! Faut vous ménager, hein parce que « travailler plus pour voir moins bien », je suis sûr que ce n’est pas dans vos ambitions. Disons que là, vous perdez quand même un bon point. Vous êtes fatiguée par le travail (et je prédis que vous n’avez même pas pris un juvamine, un peu de coke peut-être), vous tombez de sommeil, et vos dossiers sont de plus en plus complexes. Aïe. Le surmenage, ma belle, pourrait pousser à biaiser vos visions. Calmez-vous, faites un peu d’acupuncture, reprenez goût à la vie, agencez correctement votre planning et, ainsi, vous n’aurez sans doute plus de troubles nocturnes, et vous ne serez plus obligée de regarder Histoires Natruelles à cinq heures du mat’. Bref.

 Alors que le temps semblait tourner à l´orage, j´ai entendu une terrible détonation.

 On dirait du Victor Hugo. Votre lyrisme m’effraie… mais quel suspens ! Est-ce que Casper a mal rabattu le couvercle des chiottes ? Est-ce qu’un chasseur de canard passait près de chez vous ?

Au même instant, la fenêtre de mon bureau s´est ouverte violemment sous la pression du vent et toutes mes lampes se sont éteintes d´un seul coup.

 Ah. Allez, avouez ma Célia, vous étiez encore en train de regarder un film avec Harrison Ford ou de faire mumuse avec un Ouija ! J’espère que vous n’avez pas réveillé le fantôme de Sylvain Mirouf !

 Je me baissais pour tenter de ramasser, « à tâtons » dans l´obscurité,

 Bon, là, Célia, vous en faites un peu trop : « à tâtons », oui, on se doute que ce n’est pas en pleine lumière que vous faites ça. (Et puis ce serait sale)

 les dossiers qui avaient été projetés à terre par cette soudaine bourrasque, et en me relevant… IL ÉTAIT LÀ DEVANT MOI.

 Oh, voilà que vous recommencez avec les lettres capitales ! Mais bon. Quel suspens ! Qui était là ? Sylvain Mirouf, comme je le craignis plus haut ? Votre amant ? Le type de la pub Axe ?

 J´en ai encore des frissons rien que d´en parler, mais avant de vous raconter tout ça en détail, je dois vous dire qui je suis…

 Rahhhhh, le cliffangher, c’est salaud ça !

   Oui, je suis VOYANTE.

Bon, là dessus, j’avais déjà défloré l’intrigue, veuillez me pardonner. Je ne suis pas, comme vous, un maître du suspens…

 Je m’appelle Célia. Je passe le plus clair de mon temps à contacter des gens à travers le monde pour leur raconter ce que j´ai ressenti à leur sujet, ou les visions que j´ai eues concernant leur futur.

Woaouh. Vous êtes donc une sorte de sainte ? Genre Bernadette Soubirou ? Je vous vois bien marcher, avec votre bâton de pèlerin, sur la route de Compostelle…

 J´ai aussi beaucoup de clients fidèles (parmi lesquels quelques célébrités) qui viennent me consulter personnellement.

 Aïe, le mot « client » fait retomber mon érection. Zut. Finie la poésie théologique et philanthropique.

 Ils comptent sur mon aide depuis des années, car la vie au 21ème siècle est loin d´être facile.

 Ouais, hein, c’est la criiiiiiise !

 Je les prépare tout particulièrement à éviter les dangers et à contourner les obstacles que je prévois pour la fin de cette année si mouvementée. Mais cette fois, c´était si spectaculaire!

 Tant que ça ! Waouh. Ok, je prônais le retour à la guillotine, mais je ne pensais pas que mon vœu s’exaucerait aussi vite !

 L´ÉTRANGER DANS UNE LUMIÈRE ÉBLOUISSANTE!

 Ah, zut. Je suis foutu. Vous m’avez reconnu. Vous savez que je suis fan de SF, donc vous allez me raconter une histoire d’E.T?

 Je crois que ce jour-là, xavier, j´ai eu l´émotion de ma vie. J´ai bien dit de l´émotion, pas de la peur. L´homme qui se tenait devant moi ne transmettait que lumière et bonté. Il me regardait le plus gentiment du monde de ses yeux très bleus. Il était vêtu d´un simple t-shirt, de jeans et de sandales et devait avoir dans les trente cinq ans.
Je l´ai regardé calmement et lui ai demandé s´il avait besoin d´aide …

 C’était l’homme tombé du ciel. Vous z’avez pas lu le livre ? Ou vu le film avec David Bowie ? Faut pas s’émouvoir pour si peu. Il avait pas la gueule du chupacabra après tout…

 Il a secoué la tête et m´a dit simplement qu´il devait me transmettre un message pour quelqu´un.

 Bon. La devinette continue. Ca me rappelle un épisode de la quatrième dimension. Qui, hélas, finit mal pour l’humanité…

 Un message ? Quel message ?

ouiiiiiiiiii ouiiiiiiiiiii ! c’est quoi ???? Viiiiiiiiite !

Je ne pensais pas que l´un ou l´autre de mes voisins vienne me demander de contacter qui que ce soit de cette façon. Mais j´ai vite compris que la venue de cet homme sur mon lieu de travail n´était pas INSIGNIFIANTE et que le message en question n´était pas un message ORDINAIRE.

 Oh lalà, faudrait savoir abréger parfois quand même ! Trop de suspens tue le suspens ! On se croirait dans plus belle la vie, ou dans Dragon Ball Z (ou un combat peut durer cent treize épisodes).

 J´ai soudain perçu comme un signal :

Vous êtes un dauphin ?

Il se passait quelque chose d´étrange, presque surnaturel.

Oh, vous savez, depuis le début, on est en plein dedans…

(xavier, en tant que voyante, j´ai tout de suite RESSENTI ce qui était en train de se passer).

J’en reste bouche bée…

  TOUS MES SENS ETAIENT AIGUISÉS.

 Permettez-moi d’en douter. Je vous rappelle qu’il a été prouvé que vous souffriez d’un excès de fatigue et que les drogues ne vous aident pas à rester saine d’esprit.

 J´étais en « état d´alerte », comme seule une voyante peut l´être.

 Vous n’avez jamais visité une caserne de pompiers vous…

 C´était exactement comme ce que je ressens d´habitude avant d´entrer en transe. J´ai vite compris que cela était lié à cet étranger surgi de nulle part. Et j´ai vite vu qu´il n´était pas aussi perdu et désorienté qu´il en avait l´air.

 Bon, par contre, moi si. Je comprends plus grand chose à cette histoire… Je me demande quand même si vous n’ériez pas dans une boite de nuit à fourrer des billets dans le slibard d’un gogo dancer.

 xavier, l´étranger n´était pas venu à moi sans raison.

 Ben oui, vous l’avez déjà dit treize fois. Attention. Ca va finir par nous porter la poisse.

C´est pourquoi je vous ai contacté. Il faut absolument que je vous en parle…

Vous voulez savoir pourquoi il est venu me voir?

 Nannnnn. Enfin, siiiiiiii. On attend que ça là!

Alors, je vous en prie, connectez-vous vite à http://www.voyance-web.fr.

 Roh, si c’est si huge & enormous, vous pourriez faire l’effort de tout me dire dans ce mail!

  SES PREMIERS MOTS ÉTAIENT POUR VOUS!

 C’EST PAS POSSIBLE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! JE SUIS SURPRIS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! JE SUIS SUR LE CUL !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 « Le message vous était destiné »

 (petit interlude musical 🙂
Destinée,
Inutile de fuir ou de lutter
C’est écrit dans notre destinée
Tu ne pourras pas y échapper
C’est gravé

(Refrain)
L’avenir,
Malgré nous, doit toujours devenir
Tous nos désirs d’amour inespérés, imaginés, inavoués
Dans la vie,
Aucun jour n’est pareil, tu t’ennuies
Tu attends le soleil impatiemment, éperdument, passionnément

(fin de l’interlude musical)

xavier, dès les premiers mots, j´ai été surprise.

Ah, oui, ja.

Je ne savais pas de qui il parlait, ni de quoi il s´agissait, je me demandais POURQUOI IL ME RACONTAIT TOUT CELA et j´ai donc tout de suite voulu en savoir plus.

 Je suis l’Elu, c’est ça ???

 Il avait attisé ma curiosité et il le savait.Son sourire en disait long. Je lui demandai donc de prendre place sur la chaise face à moi et s´il désirait boire quelque chose ? Il a juste secoué la tête pour me signifier que NON.

 Ouh là !!! Ca sent les jambes décroisées et le meurtre au pic à glace !

 Il s´est assis et bizarrement je ne ressentais aucune méfiance envers cet inconnu, bien au contraire.

 Méfiez-vous, c’était peut-être un commercial…

 Ce que je ressentais avant toute chose, c´était de la CURIOSITÉ. Je me suis présentée et j´ai attendu qu´il me dise SON nom.

 Obiwan ?

 Mais il ne dit rien. Sentant mon malaise, il montra du doigt le bloc et le stylo posés sur la table. Je les ai toujours près de moi, au cas où j´aurais une vision. Et là j´étais vraiment heureuse de les avoir près de moi. Pourquoi?

 Oui, pourquoi ? Pour dessiner des lapins ?

 PARCE QUE, JE RECEVAIS INFORMATION SUR INFORMATION! Il semblait être très au courant de MA vie.

 Vous êtes sténo aussi ???

 xavier, d´une voix douce il a commencé à me délivrer le message. Il a commencé par me révéler des évènements, des noms, connus de moi seule.Il semblait tout savoir de mes soucis passés, de ma santé, de mes pouvoirs bien particuliers, de ma volonté de les utiliser pour faire le BIEN autour de moi. Cela a suffit pour que je sois en ADMIRATION DEVANT MON MYSTERIEUX VISITEUR.

 Ouais, ok, mais on parlait pas de moi ? Vous êtes tombée in love, j’admets, mais une phrase de plus et on tombe dans le porno…

 Je me demandais qui il était?

 Vous êtes pas voyante des fois ?

 D´où il venait?

 Même question?

 Et pourquoi il avait un message si urgent pour VOUS ? Dans l´heure qui suivit, j´ai eu la réponse à toutes ces questions.

Dites-donc, le temps d’un épisode de Supernatural.

xavier, vous pouvez vous considérer comme quelqu´un de très privilégié, ceci pour deux raisons:

 Seulement pour deux ???

 •Premièrement, parce que le karma positif issu de vos vies précédentes est sur le point de vous récompenser de façon stupéfiante.

Pourtant j’ai été pute, dictateur, et raton laveur. C’est un test facebook garanti sûr à 100% qui me l’a dit.

 Deuxièmement, parce que tout cela devrait arriver bien plus vite que vous ne pouviez l´espérer

 Ouais, c’est vrai, le chômage est venu bien plus vite que je l’espérais.

 TOUT D´ABORD, IL S´AGIRAIT DE RECOMPENSES TRÈS CONCRÈTES

 J’veux une glace à la vanille et le dernier roman de Guillaume Musso.

 xavier, elles sont à priori considérables. Mon visiteur a été catégorique là-dessus.Ces récompenses devraient être réelles, pour ainsi dire palpables, visibles pour vous!

 « réelles, palpable, visible », quel champ lexical ! J’attends des explications, point des redondances !

Mais à certaines conditions

pfffff, il y a toujours des conditions. Vous me décevez, Célia.
 

(il a insisté sur le fait que vous deviez recevoir cette information le plus vite possible. Vous êtes limité dans le temps et devez respecter les délais impartis, faute de quoi vous pourriez perdre la plupart de ce qui vous attend).

C’est pour ça. Si vous étiez sympa, y’aurait aucune condition. Vous devez avoir un mauvais karma.

Je suis prête à vous révéler immédiatement tout ce qu´il m´a dit et pour tout savoir, vous n´avez qu’une chose à faire: Vous connecter à voyance-web.fr.

http://tk.voyance-web.fr/r/?id=t347d24f,af0066,af007d&p1=33&p2=2243973&p3=45&p4=zoltar@laposte.net

 Waw, vot’gars, il en connait bcp par coeur des adresses web aussi longues ? C’est clair, c’est un E.T !

PUIS IL M´A PARLÉ DE VOTRE CHANCE! Une chance merveilleuse.

 Celle de vous connaître, très chère ?

 xavier, mon mystérieux visiteur a fini par parler de la chance. De VOTRE chance. Il a insisté sur le fait que toute cette bonne fortune provient des forces cosmiques convergeant vers des vibrations astrales transitoires. Il a indiqué que tout cela arrive normalement par hasard. Mais pas cette fois-ci.

 C’est ce que je disais : je suis L’ELU ! Buffy peut aller se faire trancher les roploplos, et se faire sucer le sang par des vampires au pathos démesuré, j’arrive !!!!

 xavier, votre bonne fortune proviendrait de la conjonction de certains éléments dont la très forte influence sur votre vie est prévisible.

 J’ai vu ça dans X-OR. Mais ça finissait toujours en baston dans l’hyper-espace !

 Ces éléments feront que la  » magie  » devrait très bientôt œuvrer pour vous.

 Et voilà, on commence à mélanger Fantasy et Science-Fiction.

 ATTENTION : Ce sont les mêmes forces qui font qu´une vie peut changer d´un seul coup, comme par exemple le chômeur qui remporte un énorme gain à la loterie ou le jackpot au casino. La bonne nouvelle, c´est que vous aussi, vous devriez bientôt  » gagner « , au vrai sens du terme.

 Salope. Ca c’est une crasse de voyante Télé Z. Vous avez incroyablement chuté dans mon estime. Je préférais quand vous parliez du cosmos des chevaliers du zodiaque.

xavier, je suis prête à vous y aider en vous rapportant tout ce que l´étranger m´a dit. Pour cela connectez-vous vite à voyance-web.fr.
http://tk.voyance-web.fr/r/?id=t347d24f,af0066,af007e&p1=33&p2=2243973&p3=45&p4=chifoumi@laposte.net

 Non, ma maman m’a toujours dit de ne jamais faire confiance à des étrangers. J’le connais pas ce type. Et c’est pas parce que vous m’avez taillé une pipe virtuelle que ça va changer quoique ce soit.

ET IL A FINALEMENT PARLÉ DE TOUT CE BONHEUR SI PROCHE!

Ca commence à faire beaucoup : Travail/chance/bonheur… attention, je commence à vous trouver suce-pecs ma chérie.

C´est là que mon visiteur est devenu plus bavard (et m´a le plus encouragée à vous retrouver).Il a évoqué la possibilité de nouvelles rencontres, d´être aimé, apprécié et respecté par les autres ; vous pourriez aussi vous sentir plus jeune que vous ne l´êtes actuellement.

C’est là où vous en dites le moins. Je préférais vos histoires de fantômes et d’hommes venus du ciel. Et puis, connasse (enfin je te tutoie), j’ai pas besoin de me sentir plus jeune. De toute façon, tu le sais parfaitement, y’a pas d’âge pour baiser les gens.

xavier, ne perdez plus de temps, connectez-vous à voyance-web.fr

http://tk.voyance-web.fr/r/?id=t347d24f,af0066,af007f&p1=33&p2=2243973&p3=45&p4=mamesoleil@laposte.net

il faut absolument que je vous raconte tout et vite !

 tu voulais dire « évite » plutôt…

A la fin de notre conversation, mon visiteur a enfin accepté un rafraîchissement pour se désaltérer. J´ai un petit frigo dans mon bureau, avec quelques sodas frais pour mes clients. Je me suis donc retournée quelques secondes pour y prendre des boissons, et à mon grand étonnement, mon frigo fonctionnait parfaitement. Il n´y avait donc pas eu de coupure d´électricité…Alors pourquoi les lampes s´étaient-elles éteintes… ?

 Demande à Jimmy Guieu. ll saura te donner une réponse authentique.

J´allais questionner mon visiteur à ce sujet quand soudain, toutes les lumières se sont rallumées. J’étais seule.

Tes bières ou tes sodas devaient être salement dégueu.

 Et la pièce était vide.

Tu as enfin compris que pour toi, le mieux c’était de déménager ???

 L´inconnu était reparti comme il était venu, d´une façon que je ne peux pas expliquer.

 Vérifie ton tiroir caisse quand même. Ca sent l’arnaque.

 Nous vous invitons à cinq jour sans engagement sur notre site. Ces 5 jours d’accès à VoyanceWeb pour 1,99 euro vous permettent d’effectuer un essai avec tous les voyants de VoyanceWeb sans prendre aucun risque. Si, pendant ces 5 jours, vous n’annulez pas votre adhésion et que vous êtes entièrement et totalement satisfait de votre essai à 1,99 euro, il se renouvellera en adhésion mensuelle de 39,99 euro. Bien sûr, vous pourrez, là aussi, arrêter à tout moment, en cliquant sur « annulation d’adhésion » dans le menu membre.

C’est ce que vous vous obligez à faire après le casse que vous avez subi ? Allez, je suis trop déçu, ma cocotte, je m’en vais voir ailleurs si j’y suis. Je suis sûr que vous ne m’y retrouverez pas, et ça c’est une vraie prédiction.

Bien cordialement,

Célia

 Allons, chérie, on a quand même baisé…

 bisou sur la fesse gauche.
Xavier
            

 

Posté par Kanux01 à 14:22 – Les Grandes Voyances de l’Autoroute Sauvage ! –


Dans le rétro de l’Autoroute Sauvage (1).

De temps en temps, je remettrai ici un billet anciennement paru sur mon précédent blog, l’Autoroute Sauvage. Aujourd’hui, retour sur Julia Verlanger.

 

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contient ma postface "Une jungle de diamants"

Hop la partie d’intro à laquelle vous avez échappé pour la postface du tome de 2 de l’intégrale Verlanger à paraître chez Bragelonne :

J’ai découvert Julia Verlanger dans un hall de gare, en 1998, je m’en souviens comme si c’était hier. Je prenais le train Rennes-Plouaret Trégor, pour rentrer chez mes parents en week-end. Alors étudiant en lettres, je traînais partout où je voyais des livres : bibliothèques, librairies, bouquineries, bureaux de presse, etc. Et la gare de Rennes ne dérogeait pas à cette règle puisque l’on y trouvait un relais H maigrement pourvu en SF mais suffisamment tout de même pour que je me permette d’y jeter un oeil de temps à autres.

Ce jour-là, cet oeil affûté rencontre une intrigante couverture représentant quatre fuyards dans un décor de jungle1. Ce roman titre : Horlemonde. Ecrit par un illustre inconnu – alors que je lis de la SF depuis déjà de longues années ce nom ne me dit rien – Gilles Thomas. Le livre n’est pas très épais, dans les cent quatre-vingt-dix pages, et je décide de tenter le coup. Au pire, me dis-je, ça me fera passer le temps du trajet.

Oui, mais voilà : je suis entré dans le train, me suis assis, j’ai ouvert Horlemonde, et j’ai disparu de la surface de la Terre, en compagnie de Jairo et d’Arald, les deux protagonistes de cette belle aventure.

Quand mon train est parvenu à destination, ma vie avait changé. Il me fallait tout savoir sur cet auteur inconnu qui venait de m’ébranler. Le style de l’auteur était simple, limpide, efficace, et très rythmé. La narration était si parfaitement équilibrée, si maîtrisée et dynamique, qu’elle ne pouvait être l’oeuvre que d’un grand écrivain. Et, en tant qu’apprenti auteur de vingt ans, je me suis dit : voilà comment j’aimerais savoir écrire. Une sensation que résume parfaitement Stefan Wul dans son hommage à Julia Verlanger2 : « Julia écrivait comme on parle, et ses amis savent qu’elle parlait bien. Si bien qu’à la lire aujourd’hui, on a toujours l’impression de l’entendre ». Voilà. La prose de Julia Verlanger est vivante, c’est sa grande force. Et c’est cela qui m’a marqué avant tout à ce moment où je la découvrais.

En 1998, internet en était à ses balbutiements, et les sites d’enchères, par exemple, ne proposaient pas encore leur diversité actuelle ; de même, mes réseaux « personnels » n’étaient pas aussi importants que maintenant, même si j’étais abonné à des dizaines de fanzines SF ; la recherche des titres de Gilles Thomas est donc devenue pour moi une véritable chasse aux trésors. De bouquinerie en bouquinerie, de brocante en brocante, j’ai mis à peu près cinq ans à rassembler sa production romanesque, hormis Magie Sombre3 qui, longtemps, s’est glissé entre les mailles du filet. Mais chaque nouvelle rencontre avec les univers de Julia Verlanger était un véritable bonheur, comme une cerise sur le gâteau de la vie. Le jour où j’ai trouvé le dernier qu’il me manquait, Magie Sombre donc, j’ai ressenti un pincement au coeur : je me suis fait cette réflexion que, plus jamais, je ne ressentirais cette douce sensation d’avoir découvert le Graal.

Depuis, cependant, mon amour pour Julia Verlanger n’a jamais faibli, et il me semble même avoir contaminé plus d’une personne autour de moi. Mon premier roman publié, A comme Alone, en est d’ailleurs la séquelle inéluctable. Il était écrit que je rendrais, à ma façon, un hommage à mon auteur favori.

 

1Illustration signée Florence Magnin, pour l’édition de 1992 (FNA 1877).

 

2In revue Weird n°7, spécial Julia Verlanger.

 

3A considérer comme l’un des tout premiers romans français de « Fantasy Urbaine ».