Archives d’Auteur: Thomas Geha

À propos de Thomas Geha

Ecrivain / Littératures de l'imaginaire.

Voeux 2019, bilan 2018.

Well, fastoche pour le bilan :

Je veux juste remercier tous les lecteurs/libraires/bibliothécaires/blogueurs/journalistes et organisateurs de festivals/salons qui ont suivi mon travail en 2018 et en ont parlé.

Bref, merci à toutes et tous. 2019 devrait apporter, je l’espère, quelques pierres de plus à mon petit édifice. Je souhaite que le vôtre soit parfait lui aussi.

Thomas Geha

des sorciers et des hommes Thomas Geha

 

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Le briquet de Noël

Bonjour à tous,

Un petit conte révisé pour bien finir l’année. En l’occurence « Le briquet » de Hans C. Andersen. Joyeux Noël à toutes et tous 🙂

Le briquet de Noël

Un soldat rentrait chez lui après une longue période de manifestations, durant lesquelles le peuple avait durement fait entendre sa voix et ses poings. Chez lui, c’était la campagne, un petit village d’à peine un millier d’habitants, où tout le monde se connaissait, mais où peu de gens s’aimaient.
A l’entrée du village, aux abords d’un pont, il rencontra une vieille gueuse aux allures de sorcière. Elle était arrêtée sur le bord de la route, assise sur le rebord d’une brouette pleine à craquer d’objets insignifiants. Des yeux, elle le suivit quelques instants puis l’interpella :
– Soldat, veux-tu bien me rendre un service ?
Il s’arrêta devant la vieille femme et, comme c’était Noël, il lui répondit :
– Parle, je suis pressé. J’ai grand soif et les fûts du bar se videront sans moi si je traîne.
– Mes vieux os ne me permettent plus de dévaler la pente qui mène sous le pont. Et la pluie torrentielle d’hier soir a noyé le seul chemin, celui que je pouvais encore emprunter.
– Veux-tu que je t’y porte sur mon dos ? Ce sera l’affaire de quelques minutes.
– Non, non, sous le pont, en tâtant la paroi, tu trouveras un espace vide de pierre. Mets la main dans le trou et tu verras par toi-même, une porte secrète s’ouvrira sur un abri souterrain.
– Tiens donc.
– Oui, cet endroit appartenait à ma famille et ma grand-mère y a laissé un objet d’une très grande valeur sentimentale. J’aimerais que tu me le récupères.
Soudain intéressé, le soldat demanda :
– Et qu’ai-je à y gagner ?
– Le plaisir d’aider une vieille dame dans le besoin… mais aussi de l’argent, beaucoup d’argent. Il y a trois pièces. Tu trouveras des liasses de billets dans chacune d’entre elles.
– Et toi, que veux-tu ?
– C’est simple, il s’agit d’un gros briquet au métal cabossé.
– C’est tout ?
– Oui, c’est tout. Une dernière recommandation. Chaque pièce est gardée par un fantôme. Pour les éloigner, il suffit de dire ces mots : « liberté, égalité, fraternité ».

Ainsi le soldat, qui n’avait peur ni des fantômes, ni de se salir ou se mouiller, dévala la pente et se retrouva bien vite sous le pont. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il avait trouvé l’espace vide dans le mur et enclenché le mécanisme qui permettait d’ouvrir la porte secrète. Il faisait nuit noire là-dedans mais, après quelques tâtonnements, il découvrit un interrupteur et la lumière se fit, crue. Il se trouvait dans un couloir, et dans ce couloir, que seule une petite table poussiéreuse décorait. Dessus, couvert de toiles d’araignées, était posé le fameux briquet, bien banal comme l’avait dit la gueuse. Il le fourra dans une poche et l’oublia aussitôt. Il poussa la porte de la première pièce et y entra.
Un homme se tenait debout sur ses talonnettes, une main appuyée sur un coffre. Il ressemblait comme deux gouttes d’eau à un ancien Président de la République. Il était très petit mais son nez était si gros et large qu’il semblait avoir la taille de dix antennes paraboliques. Aussitôt, le soldat dit :
– Liberté, égalité, fraternité !
Et le fantôme de l’ancien président disparut.
Dans le coffre, le soldat découvrit des liasses de billets de 100€. Avec ça, non seulement il pouvait s’offrir tous les fûts de bière du bar du village, mais il pouvait aussi s’acheter le bar s’il le souhaitait !
Il s’en mit donc plein les poches et sortit de la pièce. Il fut tenté de repartir mais la curiosité le tirailla et il se permit d’ouvrir la deuxième porte. Là aussi, le fantôme d’un président aux joues rondes, si rondes que la tête paraissait avoir la tailles de vingt montgolfières, l’attendait. Le soldat lui lança :
– Liberté, égalité, fraternité !
Et le président disparut aussi sec.
Dans le coffre, des centaines de liasses de billets de 200 € n’attendaient que le soldat. Il se débarrassa des coupures de 100 et se remplit les poches, le pantalon, le slip, les chaussettes, les chaussures. Avec tout cet argent, il pourrait non seulement s’offrir tous les fûts de bière du village, mais le village avec !
Puis le soldat s’en alla. Satisfait, il songeait à remonter voir la gueuse quand, pris d’un éclair de génie, il se dit qu’il serait peut-être bon d’aller visiter la troisième pièce. On ne savait jamais. Il entrebâilla la troisième porte et entraperçut un autre président. Il reconnut aussitôt sur le visage jeune un regard faux et cruel. Les yeux étaient si brillants de fausseté et si dénués d’empathie qu’ils auraient fait frémir un wagon entier de prix Nobel de la paix. La voix tremblante, le soldat hurla presque :
– Liberté, égalité, fraternité !
Et l’image du président s’estompa rapidement.
Dans le coffre, le soldat découvrit avec stupeur un nombre incroyable de liasses de billets de 500€. Il n’en n’avait jamais vus de sa vie. A bien y réfléchir, ceux de 200 non plus. Tout joyeux, il se purgea des billets de la deuxième pièce et les remplaça par ceux de 500. Avec cette fortune, il pourrait racheter une ou deux fabriques de bière. Et conquérir le marché !
Alors, ravi, émerveillé, il sortit de l’abri secret et remonta vers la gueuse, qui l’attendait avec impatience.
– As-tu mon briquet ? lui demanda-t-elle.
Sans hésiter, il lui jeta le bout de ferraille et s’en alla, bienheureux, sur le chemin du village. Toutes ces bières qu’il allait s’enfiler…
Puis il s’arrêta net, se retourna, et chercha la gueuse des yeux.
– Dis-moi, vieille femme, pourquoi veux-tu ce briquet alors qu’en bas toute cette fortune t’attend ?
– C’est un précieux souvenir de famille, comme je te disais.
– Allons, tu mens. Il est sans valeur.
– Il en a pour moi.
Le soldat se rapprocha, sortit une arme à feu et la pointa vers la gueuse.
– Donne-moi ce briquet, ordonna-t-il.
Ce à quoi la vieille femme lui répondit :
– Liberté, égalité, fraternité !
Et, soudain, le soldat disparut de la surface de la Terre.
La vieille femme tourna une fois le briquet dans une main que l’âge avait flétri, puis, songeuse, le mit dans sa poche.
Elle était contente, ce soir de Noël, elle allumerait un beau feu de bois dans sa cheminée, avec le briquet de son enfance. Elle voyait encore sa mère gratter la pierre, les étincelles crépiter, puis le feu s’allumer et réchauffer l’hiver. Comme l’avait fait, aussi, sa grand-mère en son temps.
Aucune fortune ne pouvait acheter ces souvenirs choyés.

Thomas Geha.

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