BD « L’histoire de la SF » : secret de fab’

Bonjour à toutes et tous.

On m’interroge pas mal sur la BD que je finis en ce moment sur L’Histoire de la Science-Fiction. On me demande comment je fonctionne avec le dessinateur. Qu’est-ce que je lui donne comme informations ? Est-ce que c’est facile, plus facile que d’écrire un roman puisque ce n’est que de l’écriture scénaristique ? Tu te la coules douce ?

D’abord, identifions ce qui, pour moi, est un réel avantage : J’ai la chance, avec Djibril Morissette-Phan d’avoir un dessinateur de haut niveau qui travaille très vite – et même plus vite que moi, ce qui fait que c’est toujours moi qui suis en retard dans le rendu des planches ! Cela dit, il est vrai aussi que cet album est un album avant tout documentaire dans un domaine extrêmement large, celui de la SF, qui demande concision, esprit de synthèse, astuce, pour parvenir à tout faire tenir dans 200 pages. Le principal problème est d’ailleurs là. 200 pages, c’est à la fois long et trop court. Il faut donc faire des choix et des sacrifices. J’en ai fait.

L’album se veut plutôt grand public, il faut donc trouver également, au fur et à mesure de l’album, des manières d’aborder les choses de façon ludiques ou un peu plus légères, pour que la narration globales ne soit pas totalement étouffée sous le texte.

Ainsi l’album débute avec une façon de faire : beaucoup de narration, peu de mises en action, par phylactères notamment, pour une bonne raison (à mon sens) : c’est que tant que la BD s’intéresse  à des périodes où la BD n’existe pas, je limite la narration par phylactères de dialogues et la mise en scène de cette histoire de la SF par des dialogues entre les protagoniste de cette histoire. Progressivement, on arrive donc à une période charnière où, donc, la BD devient entièrement BD (ou presque). Structurellement, c’est donc un challenge certain de réussir son coup. La première façon narrative à son avantage dans une BD docu : on peut en dire davantage avec de gros pavés de texte. La deuxième façon ? Eh bien l’histoire avance par les dialogues, ils faut donc essayer d’être précis au maximum pour arriver à faire en sorte que l’histoire se déroule au plus vite sans que cela ne fasse trop rapide, ou l’inverse, sans que cela prenne trop son temps. On peut vite créer des déséquilibres.

La documentation est donc essentielle à la précision et au bon déroulé de l’album. Pour ce genre de docu (je découvre, bien sûr, c’est ma première BD et qui sait, peut-être la dernière) sur un genre à l’histoire très vaste, il existe une vaste documentation. Et dans le domaine bien précis de la SF, la documentation, aussi bien française qu’étrangère est réellement très vaste. Entre les romans et nouvelles eux-mêmes, les essais éparpillés ici et là sur le web, dans des revues (merci Bifrost d’exister), des livres universitaires, des livres de fans ou de spécialistes reconnus, la matière est là et bien là. Quand on est comme moi un passionné, le constat est très vite établi : la lecture d’un essai provoque celle d’un autre, tout comme la lecture d’un roman ou d’une nouvelle apporte la lecture (voire relecture) d’autres romans et nouvelles, voire le visionnage d’une série ou d’un film. Ce que cela provoque en réalité, c’est de vouloir être absolument certain des information que l’on veut faire passer dans l’album. De ce point de vue, c’est parfois compliqué car il s’avère – ô surprise – que parfois certains spécialistes se trompent dans des événements et des dates (ce qui risque donc aussi de m’arriver sur des détails) et qu’il faut parfois aller de recoupements en recoupements pour être enfin certain d’avoir la bonne information. Même les plus grands fans comme Jacques Sadoul commettaient des erreurs, j’en ai identifiées. Mais peu importe, la gestion des informations, c’est ce qui prend le plus de temps dans l’élaboration de l’album documentaire. Quand on « sent » qu’un chapitre est arrivé à maturation, on peut enfin se lancer dans son écriture.

Parfois cela réussit, parfois cela rate. Il me faut parfois quelques tentatives avortées pour trouver le bon angle du chapitre. Une fois cela fait, j’utilise les outils narratifs archis connus (et que j’ai étudiés à la fac d’ailleurs) de la littérature et – beaucoup – du cinéma pour parvenir à l’élaboration d’une séquence, comme celle, partielle, que je vous présente ci-dessous. Celle-ci a été refusée. Dans l’album, elle se présente différemment, ce qui explique les fautes et approximations syntaxiques, mais qu’importe. Cela donne un exemple de la façon dont je peux présenter mon travail à Djibril et à l’éditeur (cela dit cet exemple montre une mise en action, avec peu de textes, il est donc assez représentatif d’une seule manière).

Quoi qu’il en soit, en signant pour l’album, je pensais, comme beaucoup d’auteurs peut-être qui n’ont fait que du roman et de la nouvelle avant, que ce serait plus rapide d’écrire cette BD qu’un roman. Erreur. En tout cas pour la BD docu. Pour une fiction (allez, j’aimerais en faire une en BD, j’ai même une idée), je ne sais pas. Je pense que ce serait tout de même beaucoup plus rapide que les deux ans que je viens de passer sur ce projet un peu fou 🙂

J’espère en tout cas que, si vous achetez l’album, vous aurez autant de plaisir que moi à le lire que j’en ai eu à l’élaborer puis l’écrire, avec Djibril aux manettes.

Xavier.

CHAPITRE 4 : H.G WELLS, le catalyseur.

Planche 1. (Où l’on met en scène une partie de la radiophonique d’Orson Welles qui adapta La guerre des Mondes)

Case 1. Plan général. Dans une sorte de cabine futuriste (qui s’avère celle d’une machine à voyager dans le temps et dans la fiction), deux hommes, un relativement jeune d’allure scientifique et un autre, vieux, au crépuscule de sa vie, assis sur une sorte de chaise, regardent un écran (moderne). Le vieil homme paraît complètement ahuri. Le scientifique tient dans sa main une sorte de télécommande. Sur l’écran, la planète Mars.

Phylactères.

Le scientifique : « Êtes-vous prêt monsieur Wells ? »

Wells : « Est-on jamais préparé à ce genre d’expérience ? »

Case 2. Droite. Gros plan sur la planète Mars. On ne voit plus l’écran, seulement la planète. À la surface, des éclairs, comme des explosions.

Case 3. sur toute la longueur, une bande par trop large, qui montre des sortes de météorites qui filent à toute vitesse dans l’espace.

Case 4. Le tout en fractionné.

case 4 a) En plongée. On aperçoit la Terre, le météores s’approchent.

case 4 b) Toujours avec cette impression de plongée. Les météores entrent dans notre atmosphère.

case 4 c) Impact de l’un d’eux sur Terre. Un panneau, au loin, indique l’état du New Jersey.

Case 5. à droite. Plan d’ensemble. Derrière un micro, dans le studio d’une radio qui est CBS en 1938, un homme s’exclame :

Hors-texte + phylactère :

Texte 1 premier phylactère : « Depuis l’aube de notre siècle, nous sommes observés par des êtres d’une intelligence absolue. Ils viennent de Mars et nous attaquent… »

Texte 2 deuxième phylactère : « Mais laissons la parole au secrétaire de l’intérieur qui s’adresse à nous de Whashington… »

Case 6. à gauche. Plan d’ensemble d’une famille d’américains moyens, l’air très surpris et inquiets, chez eux, qui écoute la radio.

Phylactère : La voix du secrétaire de l’intérieur s’élève : « ..je vous en supplie…gardez votre calme… Pour le moment, l’ennemi est cantonné à une portion réduite du territoire. Prions que les forces armées parviennent à l’y maintenir. »

Planche 2.

Case 1. Plan panoramique, sur toute la longueur de la planche, sur l’endroit où le crash a eu lieu. On y aperçoit une sorte d’oeuf (de vingt à vingt cinq mètre pour donner une échelle de grandeur) en train de s’ouvrir. Un journaliste avec sa sacoche et un appareil photo (d’époque 1930, type Leica) s’approche de l’appareil.

Case 2. Là aussi sur toute la longueur en cases fractionnées.

2 a) Plan moyen sur l’oeuf qui s’ouvre. On discerne de longues pattes métalliques tripodes

2 b) Plan rapproché. On commence à les voir plus précisément.

2 c) Gros plan. On voit un ou deux tripodes de façon distincte qui sortent de l’oeuf géant. Ils ont une sur leur « tête » métallique une sorte d’oeil qui semble pulser.

Case 3. à droite. Plan moyen. Le journaliste, paniqué, s§me ses affaires, se retourne, et se met à courir pour fuir.

Case 4. Plan moyen. En plongée. Un tripode lance une sorte de jet de lumière (comme un laser) qui foudroie le journaliste, dont le visage est figé dans une expression de stupéfaction et d’horreur.

Case 5. Petit case à gauche. On revient dans l’habitacle de notre machine temporelle. Gros plan sur l’écran qui se floute, la scène du tripode y disparaît.

Phylactère : Wells crie : « Stop, arrêtez cela immédiatement ! »

Case 6. Plan d’ensemble sur l’habitacle, où l’on voit de nouveau les deux hommes.

Phylactère :

Wells : « C’est extraordinaire ! On dirait… »

Le scientifique :

Phylactère 1. « Oui, ma machine peut voyager dans le temps et dans la fiction. Vos fictions. Extraordinaire, c’est le mot… »

Phylactère 2. « …Et vous m’avez inspiré, tout comme vous l’avez fait pour Orson Welles quand il adapta en pièce radiophonique votre roman La guerre des mondes. La légende veut qu’il ait créé une panique aux Etats-Unis ce lundi 30 octobre 1938… mais l’histoire fut fortement exagérée par les journalistes !

Les images sont (c) Les Humanoïdes Associés et Djibril Morisette-Phan.

À propos de Thomas Geha

Ecrivain / Littératures de l'imaginaire. Voir tous les articles par Thomas Geha

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